Attirer ce que vous redoutez : mode d’emploi

Publié le par Madeleine Moreau

La loi de votre fonctionnement imaginaire

Debout devant ma cuisinière, je touille mes pâtes. Dans ma tête, je suis fort occupée à accueillir des invités qui seront invisibles au repas.

Invisibles parce que non invités, et pourtant bien réels dans mon scénario intérieur !!!

Attirer ce que vous redoutez : mode d’emploi

Dans ma tête, je mets tout en place : la réunion à laquelle je vais me rendre à 14h.

Je visualise la salle. Située au rez-de-chaussée, côté nord, il y règne toujours une atmosphère d’humidité due au manque de soleil et de lumière. Même en été, il y fait froid.

Une salle vide n’est pas intéressante. Je visualise alors les personnes qui seront présentes : le responsable avec lequel je m’entends plus ou moins bien, trois personnes qui, je le sais, ne s’engageront pas dans la discussion, deux personnes qui alimentent le conflit dans lequel nous nous trouvons, deux personnes convoquées pour essayer de calmer les esprits échauffés et moi-même.

En moi, la tension monte, comme l’eau de mes pâtes, prête à déborder.

Je me sens prête à affronter l’inévitable … je me prépare intérieurement, comme si ma vie en dépendait.

Le responsable, les cheveux en bataille, la barbe mal taillée est sur des charbons ardents. Depuis des mois il tente de faire passer un projet qui ne convient à personne … et surtout pas à moi !

C’est à peine s’il me regarde lorsque je le salue.

Les 3 personnes qui sont lisses comme l’eau d’un lac gelé papotent dans un coin, elles sont là pour faire bonne figure, pour ne pas risquer d’être accusées de démission lâche.

Mes 2 « ennemies » entrent. Je les sens prêtes à attaquer, à sortir la grande artillerie, leur gorge déjà gorgée des mots assassins qui vont sortir dès que la séance débutera.

Arrivent enfin les « conciliateurs », ces personnes qui sont déléguées par la suprématie pour nous guider vers un plan de paix.

Leur arrivée accroît l’ambiance électrique et l’éclairage blafard de la salle balaie nos visages d’une couleur livide.

J’attaque d’entrée, ne désirant pas laisser la moindre chance à mes adversaires de me démolir ou de m’enfoncer dans la boue.

J’anticipe leurs paroles, donnant dans le même mouvement celles qui forment ma défense.

Je me fais tour à tour l’avocat et le juge, et bien sûr, sans aucune surprise, je gagne le round avec une facilité dont je ne me croyais pas capable !!!!

Ce n’est que mon fonctionnement imaginaire, mais, bon sang, qu’est-ce que ça fait du bien … du moins, sur le moment.

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Un fonctionnement imaginaire

Connaissez-vous ce fonctionnement ?

Vous savez, lorsque vous quittez le réel pour vous enfoncer dans un monde qui n’est pas vraiment réel, même si vous vous servez d’une réalité que vous pensez bien connaître.

Il y a 1000 et 1 manière d’avoir recours au fonctionnement imaginaire pour se rassurer, pour anticiper, pour se sécuriser, pour avoir moins peur.

Il démarre souvent dans l’inconscient, parfois en toute conscience avec cette capacité extraordinaire de nous sortir de la réalité.

Un autre exemple ?

Michelle a des sœurs plus âgées. Depuis « toujours », celles-ci se comportent en « autorité suprême » envers elle.

Résultat, elle craint chaque rencontre, chaque face à face.

C’est son ressenti d’aujourd’hui, mais c’est aussi une partie de son histoire, l’histoire des benjamins qui arrivent tardivement dans une famille : les aînés ont cette fâcheuse tendance à prendre la place des parents.

Ce ressenti est tellement puissant qu’elle me pose la question : « Qu’est-ce que je dois faire si Aline me demande d’aller m’asseoir là alors que je ne veux pas ? »

En lui demandant pourquoi sa sœur lui demanderait d’aller s’asseoir là, elle me décrit son fonctionnement imaginaire.

Sa fondation est faite d’une certitude qu’il ne  peut pas y avoir entre elles une autre relation que celle d’une aînée qui se comporte en maman et de la petite dernière qui devait obéir.

N’arrivant pas à s’affirmer face à elle, lui donnant le pouvoir (l’autorité), elle se comporte non pas en femme mûre mais en petite fille.

Elle se voit au moment de la rencontre dans la même ambiance qu’elle a connue enfant.

Ce qui est réel aujourd’hui, je n’en doute pas, c’est que sa grande sœur a gardé envers elle ses réflexes adoptés il y a des dizaines d’années.

Ce qui n’est pas réel, c’est le comment Michelle essaie d’anticiper ce qu’elle devrait pouvoir faire si sa sœur lui donne un ordre.

Bien sûr, j’aurais pu lui dire qu’il fallait qu’elle puisse s’affirmer face à elle, mais cela ne coupe pas le fonctionnement imaginaire. Alors, je lui ai dit : « Tu es en train de préparer la manière dont se déroulera votre rencontre. »

« Mais, qu’est-ce que tu me dis là ? C’est moi qui provoque ma sœur à se comporter avec une telle autorité envers moi ? »

Que vous en ayez fait l’expérience ou pas, les conséquences du fonctionnement imaginaire vous conduisent là où justement vous ne désirez pas être.

Sa loi est d’attirer ce que vous ne voulez pas. 

Que faire si vous en êtes victime ?

Ce fonctionnement imaginaire a été, durant de longues années, mon compagnon, mon défenseur, mon aide pour avancer dans ma vie.

Un compagnon vers lequel je pouvais me tourner dès que je me trouvais devant quelque chose qui m’était désagréable.

Pensant que je n’avais aucune ressource, aucune force pour faire face, je m’inventais un scénario qui me conduisait à la réussite, au-delà de la difficulté.

Ainsi, dans le fonctionnement que je vous décris en début de cet article. Redoutant plus que tout au monde les conflits, les accusations, j’avais besoin de me préparer des attaques que je risquais de subir.

Est-il nécessaire de vous dire que la rencontre ne s’est pas déroulée comme je l’avais imaginée ?

Des années après, je garde le souvenir d’une rencontre qui nous a permis de nous positionner en toute vérité, les conciliateurs ont su nous donner des outils efficaces pour travailler ensemble.

Je n’ai, ce jours-là, pas été attaquée … en fait, j’avais si peur d’être la cause première du conflit sous-jacent, que je ne pouvais pas imaginer autre chose. En plus, ma peur ne faisait que servir de détonateur pour que les autres membres du groupe dirigent leurs griefs vers moi. Mon comportement, mes réactions, ma manière d’être avec eux agissait comme une attirance et la cible était toute trouvée.

Donc, si vous aussi avez recours au fonctionnement imaginaire pour anticiper une situation délicate, la seule chose qui vous reste à faire est DE LE QUITTER.

Oui, quittez cette habitude de vous réfugier dans un monde qui n’existe pas encore, qui n’est que le fruit de votre imagination.

Les choses se passeront peut-être comme vous l’auriez imaginé, elles peuvent aussi se passer très différemment.  Vous n’avez aucun pouvoir sur ce qui n’est pas encore là. Par contre, ce qui s’inscrira en vous au moment du fonctionnement, transpirera lorsque le moment sera là.

En alimentant votre fonctionnement imaginaire, vous y mettez énormément d’énergie, en plus, vous créez en vous des émotions fantômes, des sentiments contradictoires. Est-ce que cela en vaut la peine ?

N’entrez pas dans une autre forme que peut prendre le fonctionnement imaginaire, celui de visualiser la situation côté positif. C’est le risque : si me projeter dans le négatif attire ce que je ne veux pas, je peux essayer de me projeter dans le positif et j’attirerais ce que je veux. NON, ça ne marche pas non plus.

Restez dans le réel. Vous craignez quelque chose – vous redoutez quelque chose – vous avez peur de quelque chose ? Accueillez ce que vous ressentez et ne faites rien du plus.

ATTENDEZ de vous trouver face à la situation. Ce qui doit se passer se passera. Ma rencontre aurait pu se dérouler telle que je me l'imaginais, elle s’est déroulée autrement.

Michelle rencontrera ses sœurs, son aînée se comportera peut-être avec son autorité naturelle ou pas, personne ne peut le prédire. Ce qui est certain, par contre, c’est que si elle parvient à quitter ce qu’elle imagine comme meilleur comportement qu’elle pourrait avoir, elle sera plus libre de réagir en femme et ne pas redevenir, un instant, la petite fille qui a peur de désobéir.

C’est un exercice à faire et à refaire, sans cesse. L’habitude d’avoir recours au fonctionnement imaginaire agit comme une deuxième peau en nous et elle est toujours prête à venir à notre secours.

Dès que vous sentez que vous quittez le moment présent pour vous projeter dans ce qui n’est pas encore là, revenez au moment présent.

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Je vous souhaite une excellente journée, à bientôt.

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Madeleine Moreau 04/10/2014 08:01

Bonjour Mira,

Oui, le fonctionnement imaginaire est un piège. J'aime la différence que tu fais entre "penser" à différents scénarios possibles pur réagir en adulte ou vivre des scénarios de protection et réagir comme l'enfant.
Travailler sur la peur sous-jacente est le meilleur moyen pour quitter le fonctionnement.
Merci et tout bon week-end à toi.
Madeleine

Mira 03/10/2014 12:09

Tout a fait d'accord avec ce piège du fonctionnement imaginaire, et si difficile par moments de le lâcher et rester dans le présent. si je me trouve devant une situation difficile, avec la crainte de ne pas savoir comment réagir, je peux pourtant m'imaginer différents scénarios et me visualiser dedans, comme pour me préparer à des réponses possibles, mais dans le but de renforcer ma manière d'être et réagir en adulte, pas pour me protéger comme je le faisais enfant, et en sachant que je vais laisser venir les choses à moi le moment venu et être ouverte à ce qui se passera. Le but est une préparation, tranquille, sans me trouver dans la peur, ni en me mettant dans tous mes états imaginaires qui restent stériles et me sont nuisible dans la réalité.