Quand se sentir responsable du bonheur des autres devient une torture

Publié le par Madeleine Moreau

C’est quelque chose qui paraît quelque peu paradoxal, surtout lorsque l’éducation n’a cessé d’être dirigé vers cette attitude où il faut s’oublier soi-même, penser aux autres.

Combien de personnes ai-je rencontré vivant cette torture du cœur et de l’esprit ?

Car oui, c’est bien une torture, à un moment ou un autre pour celui, celle, qui se sent responsable du bonheur des autres.

Ce bonheur des autres qui se traduit ainsi :

  • Prendre soin du petit frère, de la petite sœur
  • Faire ce que dit papa ou maman pour ne pas « fâcher » l’un ou l’autre
  • Découvrir que les bonnes notes rendent heureux les parents
  • Remplir le besoin de l’autre sans écouter ses propres besoins
  • Croire que c’est à cause de moi lorsque l’autre est malheureux/se
  • Penser que si l’autre est heureux/se il/elle m’aimera plus
  • Se sentir responsable de ce qui arrive
  • Faire passer la réussite de l’autre avant sa propre réussite
  • Se dévouer corps et âme sans jamais penser à soi
  • Minimiser ses états d’âmes pour ne pas « charger » l’autre

La liste n’est pas exhaustive, loin de là. Vous pouvez y ajouter tout ce que vous faites ou avez fait pour rendre l’autre heureux, au détriment de ce que désiriez recevoir.

L’autre ? – vos parents (cela peut être l’un ou l’autre) – un frère, une sœur – votre conjoint/e – vos enfants – vos amis/es - …

Au début un sentiment de valorisation

Ce fonctionnement de se sentir responsable du bonheur des autres peut commencer très tôt, dès l’enfance et, il répond presque toujours à un besoin que nous avons, celui d’être valorisé pour ce que nous sommes, pour ce que nous faisons.

Il n’est pas rare, même aujourd’hui, de voir un/e aîné/e s’occuper avec sérieux et application de son petit frère ou de sa petite sœur. Généralement, nous nous émerveillons de voir tant de délicatesse et d’engagement de la part du grand frère, de la grande sœur. Ça existe, c’est vrai. Il y a aussi le revers de la médaille et le réel peut être très différent de celui qui se présente : maman n’a pas le temps de s’occuper de l’aîné/e, elle est fatiguée, elle se plaint de tout ce qu’elle doit faire. L’aîné/e se dit que s’il/elle aide sa maman en s’occupant et en veillant sur son cadet, ce sera plus léger pour elle et qu’elle lui en sera reconnaissante, qu’il/elle se sentira important/e à ses yeux. Ce qui arrive généralement. Ce qui s’inscrit également dans la mémoire et donne une clé d’entrée pour savoir ce qu’il faut faire lorsque le besoin de valorisation se faire ressentir – à tout âge et dans n’importe quelle situation de vie.

Pourquoi est-ce que ça devient une torture ? 

Quand se sentir responsable du bonheur des autres devient une torture

Agir pour apporter du bonheur, prendre soin de l’autre lorsque c’est nécessaire, penser aux autres, autant d’actions qui témoignent de notre valeur humaine.

Ces actions peuvent être naturelles, instinctives. Elles peuvent également être vécues dans l’obligation, dans l’instinct de survie.

Lorsque c’est le deuxième cas qui domine, la personne se sent plus responsable du bonheur de l’autre que de ce qu’elle peut faire, pour elle, pour trouver son bonheur.

Intérieurement elle se sent :

  • Redevable envers l’autre – pour une ou mille raisons
  • Elle ressent une obligation vis-à-vis de l’autre
  • Elle se sent coupable de quelque chose qui est arrivé
  • Elle met de côté ses propres besoins et amplifie les besoins de l’autre
  • Elle a peur du regard et du jugement de l’autre

Tout est « tourné » sur l’autre, entendez par là que tout ce qui fait n’a qu’un critère : apporter du bonheur à l’autre, aux autres !

Ce sentiment d’être responsable du bonheur des autres n’est pas, généralement, partagé par l’autre, par les autres, ce qui veut dire qu’il n’y a pas de retour. S’installe alors la frustration, la sensation de ne jamais en faire assez et cela devient une torture de toujours donner sans rien recevoir en retour.

Quitter la responsabilité pour retrouver l’équilibre

Si vous vous êtes reconnu/e dans cette description, cela veut dire que vous allez devoir apprendre à penser à vous avant de penser aux autres.

Je sais, cela peut vous sembler un appel à devenir égoïste, chose que vous ne voulez surtout pas.

C’est une invitation à quitter la responsabilité que vous endossez, sans doute inconsciemment, pour vous mettre à l’écoute de vos besoins, de vos envies.

Pour comprendre ce que cela veut dire, voici l’histoire d’une maman qui a découvert que ses enfants ont été plus heureux le jour où elle a cessé de se sentir responsable de leur bonheur.

Cette maman a 3 enfants, aujourd’hui jeunes adultes. Deux sont mariés, le « petit dernier » (27 ans) vient de quitter le nid familial.

Dès la naissance de son premier enfant, elle a pris la décision d’arrêter de travailler – ce qui était courant à l’époque – et de se dévouer entièrement à l’éducation.

Jusque-là, sa réaction était « normale », dans la norme. C’est devenu plus problématique au moment de leurs adolescences.

Sans s’en apercevoir, elle n’avait pas réussi à « grandir » avec eux et elle les voyait toujours comme « ses petits », se comportait comme s’ils avaient deux ans, était toujours aux aguets de la moindre tristesse, du moindre désagrément, ce qui rendait ses enfants furieux contre elle et cette colère amplifiait sa nécessité d’en faire encore plus pour qu’ils sentent son amour et son dévouement. Situation qui s’aggravait au fil des ans, car elle commençait à toucher ses propres besoins, ses envies, mais refusait de les reconnaître et de les prendre au sérieux.

La situation aurait pu s’aggraver.

Il a fallu un épuisement physique et psychologique pour qu’elle entende que la guérison allait se produire si elle commençait à penser à elle et acceptait que ses enfants étaient suffisamment grands pour vivre leur vie et non celle qu’elle voulait pour eux.

Cela a été une sorte d’électrochoc qui lui a permis de réaliser à quel point elle s’était maltraitée en se sacrifiant ainsi pour ses enfants.

Pour conclure

Nous n’avons pas à nous sentir responsable du bonheur de l’autre ou des autres. Il est vrai que c’est très inconfortable de voir l’autre malheureux et que notre premier réflexe consiste à trouver ce qui peut lui redonner le sourire. Ce réflexe peut être une aide bienveillante. L’autre peut saisir la main tendue, avoir envie de sourire à nouveau. Après, il faut savoir qu’il doit continuer seul sa route et s’il reperd le sourire, ce ne sera pas de votre faute ! Vous n’êtes pas responsable de son bonheur. Qu’en pensez-vous ? 

A bientôt.

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