A qui appartiennent nos soucis ?

Publié le par Madeleine Moreau

Lorsque je suis entrée dans l’établissement, je l’ai vue, assise ou plutôt voutée au coin de la table, le regard dans le vide, le manteau resserré autour de ses épaules, comme une camisole de force … ses mains serrant de toute leur force le thé depuis longtemps refroidi.

Je me suis approchée, sans avoir envie de m’installer à sa table.

« Bonjour Marie, comment ça va ? »

Question idiote. Je savais déjà la réponse.

« Oh, salut Madeleine. Ça ne va pas bien. Je me fais du souci pour ma maman qui a de la peine à se déplacer. (Maman qui vient de fêter son 94ème anniversaire) … Mais ce n’est pas tout, ma sœur ne comprend pas que je me fasse du souci et elle me dit que c’est normal pour son âge, son docteur (celui de sa maman) me dit qu’il est normal que ses forces diminuent. Personne ne comprend que je veuille qu’elle aille bien. Moi, je ne suis pas très solide, j’ai de la peine à monter chez elle, j’ai pas beaucoup de force pour faire son ménage, je te donne un exemple, hier j’ai voulu arroser ses plantes, elle a pas arrêté de me dire que je mettais trop d’eau, qu’il y avait des gouttes sur le tapis. Mais, ces plantes, elles n’avaient pas été arrosées depuis 2 semaines, alors j’ai pas écouté mon mal de dos, je les ai bien arrosées. Pour ça, j’ai même pas reçu un merci. J’en peux plus, je dois tout faire et personne ne m’aide ! »

Il y a quelques semaines, j’avais entendu, avec quelques différences, le même discours.

Marie, ça fait un bail que je la connais. Déjà lorsque nous étions collègues de travail. Je l’ai toujours entendue se plaindre, parler de ses soucis et plus elle essaie de se rapprocher des autres, plus elle est délaissée.

Je suis allée m’asseoir à une autre table, aux côtés d’une personne que je ne connaissais pas.

Un peu de compassion, voyons !

Sans doute est-ce que vous pensez en lisant ces lignes.

N’est-ce pas le B.A.BA ?

Il faut faire preuve de compassion, d’empathie, d’ouverture.

Il faut savoir donner un peu de douceur, exprimer de l’amour, de la tendresse … c’est ce que l’on apprend.

Une autre forme de compassion

Lorsque je me suis approchée de Marie, toute son attitude corporelle traduisait son mal-être. Je serais même tentée de dire que sans un bruit, elle criait « au-secours, aidez-moi ! »

C’est vers elle que je suis allée directement.

Était-ce à cause de son attitude prostrée, le regard dans le vide ?

Oui et non.

Il est vrai que je suis instinctivement attirée par ce genre d’attitude.

Mais, je sais que sa maman n’est pas bien depuis quelque temps, que Marie vit une véritable fusion « mère-fille ». Peut-être était-il arrivé quelque chose de « grave ». Raison pour laquelle je me suis approchée.

Ce n’était pas de la curiosité, mais une autre forme de compassion qui est en moi, celle de me faire proche si l’autre à besoin de cette proximité.

Marie a besoin – et pas besoin – de cette proximité. Besoin de se plaindre, de se poser en victime – sans en avoir vraiment conscience.

Elle n’a pas besoin de ma compassion. Elle a surtout besoin de donner ses soucis aux autres.

Dire son souci, c’est, d’une certaine manière, croire qu’elle n’est plus seule à porter sa charge.

L’autre forme de compassion est justement de ne pas prendre son souci, de ne pas porter sa charge car c’est impossible. C’est la laisser dire, puis, la laisser avec ce qu’elle vit.

Sans doute le plus difficile à faire avec les personnes comme elle.

Les soucis des autres ne nous appartiennent pas

Je pourrais retourner la phrase : Mes soucis n’appartiennent pas aux autres !

Lorsque nous aimerions que d’autres portent nos soucis, prennent nos soucis, nous récoltons souvent l’inverse, nous recevons en retour le poids que nous voulions remettre par-dessus le poids que nous avons déjà.

Des soucis, je vous le dis, j’en ai également. Si je garde les yeux rivés sur eux, si je m’en plains à toute personne qui s’arrête devant moi, tout ce que je risque est qu’ils deviennent tellement gros que je vais m’écrouler sous eux … rajouter du poids sur ce que je vis difficilement.

Je ne peux que les partager à certaines personnes. Elles ne les prendront pas pour elles, elles me donneront simplement le courage de faire face en me laissant gérer ce qui m’appartient, et, ce qui m’appartient, c’est bien ce que je vis !

En conclusion

Que faut-il entendre par soucis ?

Ce sont toutes ces choses auxquelles nous sommes confrontés dans la vie. Des choses qui nous appartiennent car elles nous touchent personnellement.

Un souci au travail : un conflit avec un collègue, un conflit de valeurs, une difficulté à atteindre ses objectifs, etc.

Un souci relationnel : une relation difficile à vivre, un problème de couple, la relation à ses parents ou l’un des parents, les chamailleries dans la fratrie, etc.

Un souci personnel : des ennuis de santé, un mal-être récurrent, un début dépressif, une difficulté à accepter ce qui est, etc.

Ce sont toutes ces choses sur lesquelles nous pouvons agir mais face auxquelles nous nous sentons en faiblesse, ne sachant pas comment nous y prendre.

Nous cherchons alors à les éviter, à les remettre entre les mains d’autres personnes en pensant que nous serons soulagés. Résultat, nous nous enfonçons bien souvent, ne récoltant pas ce que nous aimerions recevoir en retour.

Nos soucis nous appartiennent, les soucis des autres … nous n’avons pas à nous en charger. Ce n’est pas de l’égoïsme, c’est nous permettre et permettre à l’autre de vivre sa vie.

Bon début de semaine, à bientôt.

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