Hommes de pouvoir

Publié le par Madeleine Moreau

Il se dit beaucoup de choses depuis vendredi.

Sans autres paroles de ma part, je vous propose, aujourd’hui, de lire ou relire 3 discours prononcés par ces hommes qui ont accédés au pouvoir, élus par des hommes, des femmes, en quête de changement.

Je vous laisse vivre votre propre réflexion et vous retrouve très bientôt.

Discours de Barack Obama prononcé lors de son investiture en 2008

Chers compatriotes, je me tiens aujourd'hui devant vous avec un sentiment d'humilité, devant la tâche qui nous attend, de reconnaissance pour la confiance que vous m'avez manifestée, gardant à l'esprit les sacrifices consentis par nos ancêtres. Je remercie le président Bush pour les services qu'il a rendus à notre nation, ainsi que pour la générosité et la coopération dont il a fait preuve tout au long de cette transition. Quarante-quatre Américains ont, avant moi, prêté serment pour la présidence. Leurs paroles ont été prononcées pendant des vagues de prospérité et alors que nous vivions dans les eaux calmes de la paix. Cependant, en d'autres temps, ce serment a été prêté alors que les nuages s'amoncelaient et que les tempêtes faisaient rage. Dans ces moment-là, l'Amérique a poursuivi son chemin. Pas seulement en raison de la compétence ou de la vision de ceux qui étaient au gouvernement, mais parce que nous, le peuple, nous sommes restés fidèles aux idéaux de nos pairs et respectueux de nos actes fondateurs.

C'est ainsi que cela s'est passé. Et c'est ce qui doit se passer avec cette génération d'Américains.

Nous savons maintenant fort bien que nous sommes en crise. Notre nation est en guerre contre un vaste réseau de violence et de haine.

Notre économie est fortement affaiblie, conséquence de la rapacité et de l'irresponsabilité dont ont fait preuve certains, à cause également de notre incapacité collective à faire des choix difficiles et à préparer la nation à une nouvelle ère. Des maisons ont été perdues ; des emplois ont été détruits ; des entreprises ont fait faillite. Notre système de santé est trop onéreux ; nos écoles laissent trop de jeunes au bord de la route ; et chaque jour, nous constatons que la façon dont nous consommons l'énergie renforce nos adversaires et menace notre planète.

Voilà les indicateurs de la crise que l'on peut exprimer en données et statistiques. Ce qui est moins mesurable, mais tout aussi grave, c'est la manière dont nous avons perdu notre confiance en nous-même – une peur lancinante que le déclin de l'Amérique est inévitable et que la génération suivante doit viser moins haut.

Aujourd'hui, je voudrais vous dire que nous sommes confrontés à de véritables défis. Ils sont graves et ils sont nombreux. Nous ne pourrons pas les relever facilement ou rapidement. Mais je veux dire ceci à l'Amérique : ces défis seront relevés.

En ce jour, nous sommes réunis parce que nous avons préféré l'espoir à la crainte, l'union au conflit et à la dissension.

En ce jour, nous sommes venus proclamer la fin des doléances mesquines et des fausses promesses, des récriminations et des dogmes usés qui, pendant beaucoup trop longtemps, ont étouffé notre politique.

Nous restons une nation jeune, mais, selon les paroles des Ecritures, le temps est venu de laisser de côté les enfantillages. Le moment est venu de faire preuve à nouveau de ténacité; de choisir ce qu'il y a de mieux dans notre histoire; de continuer à faire passer ce don précieux, cette noble idée transmise de génération en génération. La promesse divine selon laquelle nous sommes tous égaux, nous sommes tous libres, et nous avons tous le droit de chercher le bonheur qui nous revient.

En proclamant à nouveau la grandeur de notre nation, nous savons que la grandeur n'est jamais un dû. Elle doit se mériter. Au cours de notre voyage, nous n'avons jamais choisi de raccourcis ou rabattu nos prétentions. Ce chemin n'était pas fait pour les timorés – pour ceux qui préfèrent les loisirs au travail ou ceux qui ne recherchent que les plaisirs de la richesse et de la célébrité. Au contraire, ce sont ceux qui prennent des risques, ceux qui passent à l'action, ceux qui construisent – dont certains ont été célébrés, mais plus souvent des hommes et des femmes qui sont restés obscurs dans leur labeur – qui nous ont portés sur ce long chemin escarpé vers la prospérité et la liberté.

C'est pour nous qu'ils ont emporté les quelques biens qu'ils possédaient sur terre et traversé les océans en quête d'une nouvelle vie.

C'est pour nous qu'ils ont travaillé dur dans des conditions difficiles et se sont installés dans l'ouest du pays; qu'ils ont supporté les coups de fouet et qu'ils ont péniblement labouré la terre.

C'est pour nous qu'ils ont combattu et qu'ils sont morts à Concord et Gettysburg ; en Normandie et à Khe Sahn.

D'innombrables fois, ces hommes et ces femmes ont lutté, fait des sacrifices et travaillé jusqu'à ce que leurs mains soient à vif, afin que nous puissions avoir une vie meilleure. Ils voyaient l'Amérique comme plus vaste que la somme de nos ambitions individuelles ; allant au-delà des différences de naissance, de richesse ou d'opinion.

C'est ce voyage que nous poursuivons aujourd'hui. Nous sommes toujours la nation la plus prospère, la plus puissante de la Terre. Nos travailleurs ne sont pas moins productifs qu'avant la crise. Nos esprits ne sont pas moins inventifs. Nos biens et nos services ne sont pas moins nécessaires que la semaine dernière, le mois dernier ou l'année dernière. Nos capacités demeurent intactes. Le temps où nous étions passifs, où nous protégions nos intérêts étriqués et où nous remettions à plus tard les décisions difficiles – ce temps-là est certainement révolu. A partir d'aujourd'hui, nous devons nous relever, nous secouer et commencer à refonder l'Amérique.

En effet, où que nous regardions, nous devons nous atteler à la tâche.

L'état de notre économie nécessite des mesures audacieuses et rapides, et nous allons les prendre – pas seulement pour créer de nouveaux endroits, mais pour poser des jalons en vue de faire redémarrer la croissance. Nous allons construire les routes, les ponts et les liens numériques dont notre secteur marchand a besoin et qui nous relient les uns aux autres. Nous allons rendre à la science la place qui lui revient, et nous servir des merveilles de la technologie pour améliorer la qualité de nos soins et abaisser leurs coûts. Nous allons exploiter l'énergie du soleil, du vent et du sol pour faire marcher nos voitures et nos usines.

Et nous allons transformer nos écoles et nos universités pour être à la hauteur des exigences d'une nouvelle ère. Tout cela, nous pouvons le faire. Et tout cela, nous allons le faire.

Eh bien, d'aucuns vont remettre en cause l'ampleur de nos ambitions – vont affirmer que notre système ne peut pas supporter un trop grand nombre de programmes d'envergure. Leur mémoire est courte. En effet, ils ont oublié ce que ce pays a déjà accompli; ce que des hommes et des femmes libres peuvent réaliser lorsqu'ils utilisent leur imagination pour atteindre un objectif commun, et lorsqu'ils font preuve de courage en cas de nécessité.

Ce que les cyniques ne comprennent pas, c'est que le sol s'est dérobé sous leurs pieds – c'est que les arguments politiques dépassés qui nous ont détruits pendant si longtemps ne sont plus valables. La question que nous posons aujourd'hui n'est pas de savoir si notre gouvernement est trop interventionniste ou pas assez, mais s'il fonctionne – s'il aide les familles à trouver des emplois avec un salaire correct, à bénéficier de soins abordables, d'une retraite décente. A chaque fois que la réponse sera oui, nous irons de l'avant.

A chaque fois que la réponse sera non, nous mettrons fin aux programmes. Et ceux d'entre nous qui gèrent les deniers publics devront rendre des comptes – dépenser de manière judicieuse, changer les mauvaises habitudes et faire notre travail en toute transparence – car c'est la seule façon pour rétablir les liens de confiance cruciaux entre un peuple et son gouvernement.

La question qui se pose à nous n'est pas, non plus, de savoir si le marché est une force qui œuvre pour le bien ou pour le mal. Sa capacité à produire de la richesse et à propager la liberté est sans égale, mais cette crise nous a rappelé que si nous ne sommes pas vigilants, le marché peut devenir incontrôlé. Une nation ne peut pas prospérer pendant longtemps lorsqu'elle ne favorise que les nantis. Notre réussite économique n'a pas été dépendante uniquement du montant de notre produit intérieur brut, mais également de l'étendue de notre prospérité, de notre capacité à offrir des opportunités à chaque homme ou femme de bonne volonté. Non pas par charité, mais parce que c'est la voie la plus sûre au bien-être commun.

En ce qui concerne notre défense commune, nous refusons de faire le choix erroné entre notre sécurité, d'une part, et nos idéaux, de l'autre.

Nos Pères fondateurs, confrontés à des dangers inimaginables, ont rédigé une charte afin de garantir l'Etat de droit et les droits de l'homme, une charte que le sang des générations suivantes n'a fait que renforcer. Ces idéaux éclairent le monde encore maintenant, et nous n'allons pas y renoncer par commodité. (Applaudissements.) C'est ainsi que je souhaite dire à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd'hui, depuis les capitales les plus prestigieuses jusqu'au petit village où mon père est né : sachez que l'Amérique est l'amie de toutes les nations et de tous les hommes, femmes et enfants qui aspirent à la paix et à la dignité, et sachez que nous sommes prêts à être une fois encore ceux qui montrent la voie.

Rappelez-vous que les générations précédentes ont combattu le fascisme et le communisme non seulement avec des missiles et des chars, mais également grâce à la solidité de leurs alliances et la ténacité de leurs convictions. Elles ont compris que notre puissance seule ne peut pas nous protéger, et qu'elle ne nous donne pas le droit d'agir à notre guise. Au contraire, elles savaient que notre puissance augmente lorsqu'elle est utilisée de manière prudente, que notre sécurité émane de la justesse de notre cause, la force de notre exemple et les qualités modératrices que sont l'humilité et la retenue.

Nous sommes les gardiens de cet héritage. Guidés une fois de plus par ces principes, nous pouvons faire face à ces menaces qui exigent davantage d'efforts, davantage de coopération et de compréhension entre les nations. Nous allons prendre nos responsabilités en Irak en laissant ce pays à son peuple. Nous allons établir une paix durement acquise en Afghanistan. Nous allons travailler sans relâche avec nos anciens amis et nos ennemis pour atténuer la menace nucléaire et pour lutter contre ce fléau qu'est le réchauffement de la planète. Nous n'allons pas nous excuser pour notre mode de vie, nous le défendrons sans relâche, et à ceux qui essaient de réaliser leurs objectifs en propageant la terreur et en massacrant les innocents, nous disons : à présent, notre résolution est plus forte et ne peut pas être altérée. Vous ne pourrez pas nous survivre, et nous allons gagner.

Car nous savons que notre patrimoine bigarré est une force, et non une faiblesse. Nous sommes une nation de chrétiens et de musulmans, de juifs, d'hindous et d'athées. Nous sommes façonnés par toutes sortes de langues et de cultures venant de tous les coins du monde. Et parce que nous avons goûté le brouet amer de la guerre civile et de la ségrégation, et parce que, de ce chapitre sombre de notre histoire, nous sommes sortis plus forts et plus unis, nous ne pouvons pas ne pas croire que les vieilles haines cesseront un jour, que les sentiments d'appartenance disparaîtront, que le monde deviendra plus petit, que notre humanité commune va se révéler et que l'Amérique doit jouer le rôle qui lui revient en inaugurant une nouvelle ère de paix.

Au monde musulman, nous disons que nous cherchons une nouvelle voie, fondée sur les intérêts réciproques et le respect mutuel. Aux dirigeants dans le monde qui cherchent à semer la discorde ou qui font porter à l'Occident la responsabilité des maux de leur société : sachez que votre peuple vous jugera sur ce que vous pouvez construire, et non pas sur ce que vous détruisez. A ceux qui s'accrochent au pouvoir par la corruption, la tromperie, en faisant taire l'opposition, sachez que vous êtes du mauvais côté de l'Histoire, mais que nous vous tendrons la main si vous êtes prêts à desserrer le poing. Au peuple des nations pauvres, nous nous engageons à coopérer avec vous pour rendre vos fermes prospères et vous apporter de l'eau potable, pour nourrir les corps de ceux qui ont faim et nourrir les esprits affamés. Et à ceux des pays qui, comme le nôtre, bénéficient d'une relative opulence, nous disons : nous ne pouvons plus nous permettre d'être indifférents aux souffrances hors de nos frontières, nous ne pouvons pas non plus consommer sans réfléchir les ressources du monde. Car le monde a changé, et nous devons changer avec lui.

Alors que nous regardons la route devant nous, nous avons une pensée pleine de reconnaissance et d'humilité pour ces Américains courageux qui, en ce moment même, sont en patrouille dans des déserts lointains et des montagnes éloignées. Nous les entendons nous dire quelque chose aujourd'hui, exactement comme nous entendons les héros morts, enterrés à Arlington, murmurer à travers les siècles. Nous leur rendons hommage pas seulement parce qu'ils sont les gardiens de notre liberté, mais également parce qu'ils incarnent l'esprit de service, une volonté de trouver un sens dans quelque chose qui nous dépasse. Et justement, en ce moment, moment qui va marquer une génération, c'est précisément cet état d'esprit qui doit nous habiter.

En effet, le gouvernement peut et doit agir, mais, en fin de compte, c'est la foi et la détermination du peuple américain dont la nation dépend. C'est la gentillesse de ceux qui accueillent un étranger lorsque les digues se sont rompues, c'est l'altruisme des travailleurs qui préfèrent réduire leurs heures de travail plutôt que de voir un ami perdre son emploi qui nous aident à traverser les heures les plus sombres. C'est le courage manifesté par un pompier qui se lance à l'assaut d'un escalier rempli de fumée, et également la capacité d'un parent à s'occuper d'un enfant qui décident de notre destin en fin de compte.

Nos défis sont peut-être nouveaux. Les instruments utilisés pour les relever sont peut-être nouveaux. Mais les valeurs dont dépend notre réussite – travail acharné et honnêteté, courage et fair-play, tolérance et curiosité, loyauté et patriotisme –, ces valeurs sont anciennes. Elles sont vraies. Elles ont constitué la force tranquille du progrès tout au long de notre histoire. Il est donc nécessaire de revenir à ces vérités. Ce que nous devons faire à présent, c'est entrer dans une nouvelle ère de responsabilité – c'est de reconnaître, et chaque Américain doit le faire, que nous avons des devoirs envers nous-mêmes, envers notre nation et envers le monde. Des devoirs que nous n'acceptons pas à contrecœur, mais que nous sommes contents d'assumer, sachant pertinemment que rien n'est aussi satisfaisant pour l'esprit, aussi marquant pour notre caractère, que de nous consacrer tous à une tâche difficile.

C'est là le prix et la promesse de la citoyenneté.

C'est là la source de notre confiance, le fait de savoir que Dieu nous appelle pour façonner un destin incertain.

C'est le sens de notre liberté et de notre croyance – la raison pour laquelle des hommes, des femmes et des enfants de toutes races et de toutes croyances peuvent se rassembler dans une célébration sur cette magnifique esplanade du Mall, et pourquoi un homme dont le père, il y a moins de soixante ans, risquait de ne pas être servi ici dans un restaurant peut maintenant se trouver devant vous pour prêter le serment suprême.

C'est pourquoi ce jour doit nous rappeler qui nous sommes et le chemin que nous avons parcouru. L'année de la naissance de l'Amérique, pendant les mois les plus froids, un petit groupe de patriotes se blottissait autour de feux de camp presque éteints sur les rives d'une rivière glacée. La capitale était abandonnée. L'ennemi avançait. La neige était tachée de sang. Au moment où l'issue de notre révolution était la plus incertaine, le Père de notre nation a demandé que ces mots fussent lus devant le peuple : "Que l'on proclame au monde futur… qu'au cœur de l'hiver, alors que rien d'autre ne pouvait survivre que l'espoir et la vertu… que la ville et le pays, alertés par un danger commun, se sont avancés pour y faire face." Je lance un appel à l'Amérique. Confrontés à des dangers communs, pendant cet hiver d'épreuves, rappelons-nous ces paroles intemporelles.

Avec espoir et vertu, bravons une fois de plus les courants glacials et endurons les tempêtes à venir. Que les enfants de nos enfants proclament que, lorsque nous avons été mis à l'épreuve, nous avons refusé de mettre fin à ce voyage, nous ne nous sommes pas détournés et nous n'avons pas faibli. Et que, les yeux fixés sur l'horizon, et avec la grâce que Dieu nous accorde, nous avons transmis ce don merveilleux qu'est la liberté pour le remettre intact aux générations futures.

Merci. Que Dieu vous bénisse et bénisse les Etats-Unis d'Amérique.

Traduit de l'anglais par Ariane Corbin-Favier

 

(RV) Le Pape François, ce samedi 19 novembre 2016, a présidé un consistoire en la basilique Saint-Pierre de Rome pour la création de 17 nouveaux cardinaux

Le passage de l’Évangile que nous venons d’entendre (cf. Lc 6, 27-36), beaucoup l’ont appelé ‘‘ le discours de la plaine’’. Après l’institution des Douze, Jésus est descendu avec ses disciples là où une multitude l’attendait pour l’écouter et pour se faire guérir. L’appel des Apôtres est accompagné par ce ‘‘se mettre en route’’ vers la plaine, pour la rencontre avec une multitude qui, comme le dit le texte de l’Évangile, était ‘‘tourmentée’’ (cf. v. 18). L’élection, au lieu de les maintenir en haut sur la montagne, au sommet, les conduit au cœur de la foule, les met au milieu de ses tourments, au niveau de leur vie. De cette manière, le Seigneur leur révèle ainsi qu’à nous que le vrai sommet s’atteint dans la plaine, et la plaine nous rappelle que le sommet se trouve dans un regard et spécialement dans un appel : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (v. 36).

Une invitation accompagnée de quatre impératifs, nous pourrions dire de quatre exhortations, que le Seigneur leur adresse pour modeler leur vocation concrètement, dans le quotidien de l’existence. Ce sont quatre actions qui donneront forme, qui donneront chair et rendront tangible le chemin du disciple. Nous pourrions dire que ce sont quatre étapes de la mystagogie de la miséricorde : aimez, faites du bien, bénissez et priez. Je pense que nous pouvons être d’accord sur ces quatre aspects et qu’ils nous paraissent également raisonnables. Ce sont quatre actions que nous réalisons facilement avec nos amis, avec les personnes plus ou moins proches, proches par l’affection, par les goûts, par les habitudes.

Le problème surgit lorsque Jésus nous présente les destinataires de ces actions, et en cela il est très clair, il n’utilise pas des figures de style ni des euphémismes. Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous traitent mal (cf. vv. 27-28).

Et ce ne sont pas des actions qui viennent spontanément envers des personnes qui sont devant nous comme adversaires, comme ennemis. Face à elles, notre attitude première et instinctive, c’est de les disqualifier, de les discréditer, de les maudire : dans beaucoup de cas, nous cherchons à les ‘‘diaboliser’’, en vue d’avoir une ‘‘sainte’’ justification pour nous débarrasser d’elles. Au contraire, en ce qui concerne l’ennemi, celui qui te hait, qui te maudit ou te diffame, Jésus nous dit : aime-le, fais-lui du bien, bénis-le et prie pour lui.

Nous nous trouvons face à l’une des caractéristiques propres du message de Jésus, là où se cache sa force et son secret ; de là proviennent la source de notre joie, la puissance de notre mission et l’annonce de la Bonne Nouvelle. L’ennemi est quelqu’un que je dois aimer. Dans le cœur de Dieu, il n’y a pas d’ennemis, Dieu n’a que des enfants. Nous élevons des murs, nous construisons des barrières et nous classons les personnes. Dieu a des enfants et pas précisément pour s’en débarrasser. L’amour de Dieu a la saveur de la fidélité envers les personnes, car c’est un amour viscéral, un amour maternel/paternel qui ne les laisse pas dans l’abandon, même lorsqu’elles ont commis des fautes. Notre Père n’attend pas que nous soyons bons pour aimer notre monde, il n’attend pas que nous soyons moins injustes ou parfaits pour nous aimer ; il nous aime parce qu’il a choisi de nous aimer, il nous aime parce qu’il nous a donné le statut de fils. Il nous a aimés même lorsque nous étions ses ennemis (cf. Rm 5, 10). L’amour inconditionnel du Père envers tous a été et est une vraie exigence de conversion pour notre pauvre cœur qui tend à juger, à diviser, à opposer et à condamner. Savoir que Dieu continue d’aimer même celui le rejette est une source illimitée de confiance et un encouragement pour la mission. Aucune main sale ne peut empêcher que Dieu y mette la Vie qu’il désire nous offrir.

Notre époque est caractérisée par de grandes problématiques et interrogations à l’échelle mondiale. Il nous arrive de traverser un temps où émergent de nouveau de manière épidémique, dans nos sociétés, la polarisation et l’exclusion comme l’unique façon possible de résoudre les conflits. Nous voyons, par exemple, comment rapidement celui qui est à côté de nous non seulement possède le statut d’inconnu ou d’immigré ou de réfugié, mais [encore] devient une menace, acquiert le statut d’ennemi. Ennemi parce qu’il vient d’un pays lointain ou parce qu’il a d’autres coutumes. Ennemi par la couleur de sa peau, par sa langue ou par sa condition sociale, ennemi parce qu’il pense différemment et aussi parce qu’il a une autre foi. Ennemi par… Et, sans que nous ne nous en rendions compte, cette logique s’installe dans notre manière de vivre, d’agir et de procéder. Donc, tout et tous commencent à avoir une saveur d’inimitié. Peu à peu, les différences sont transformées en symptômes d’hostilité, de menace et de violence. Que de blessures s’élargissent à cause de cette épidémie d’inimitié et de violence, qui s’imprime dans la chair de beaucoup de sans-voix, parce que leur cri s’est affaibli et est réduit au silence à cause de cette pathologie de l’indifférence ! Que de situations de précarité et de souffrance sont semées à travers cette prolifération de l’inimitié entre les peuples, entre nous ! Oui, entre nous, dans nos communautés, dans nos presbytères, dans nos réunions. Le virus de la polarisation et de l’inimitié imprègne nos façons de penser, de sentir et d’agir. Nous ne sommes pas immunisés contre cela et nous devons être attentifs afin que cette attitude n’occupe pas notre cœur, car cela serait contre la richesse et l’universalité de l’Église que nous pouvons toucher de la main dans ce Collège Cardinalice. Nous provenons de pays lointains, nous avons des coutumes, des couleurs de peau, des langues et des conditions sociales différents ; nous pensons de manières différentes et nous célébrons aussi la foi par des rites différents. Et rien de tout cela ne nous rend ennemis, au contraire, c’est l’une de nos plus grandes richesses.

Chers frères, Jésus ne cesse de ‘‘descendre de la montagne’’, il ne cesse de vouloir nous insérer au carrefour de notre histoire pour annoncer l’Évangile de la Miséricorde. Jésus continue de nous appeler et de nous envoyer dans la ‘‘plaine’’ de nos peuples, il continue de nous inviter à passer notre vie en soutenant l’espérance de nos gens, comme signes de réconciliation. Comme Église, nous continuons à être envoyés pour ouvrir nos yeux afin de regarder les blessures de tant de frères et sœurs privés de leur dignité, privés dans leur dignité.

Cher frère nouveau Cardinal, le chemin vers le ciel commence dans la plaine, dans le quotidien de la vie rompue et partagée, d’une vie dépensée et donnée. Dans le don quotidien et silencieux de ce que nous sommes. Notre sommet est cette qualité de l’amour : notre but et notre aspiration c’est de chercher dans la plaine de la vie, avec le peuple de Dieu, à nous transformer en personnes capables de pardon et de réconciliation.

Cher frère, aujourd’hui, on te demande de garder dans ton cœur et dans celui de l’Église cette invitation à être miséricordieux comme le Père, en sachant que « si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 49).

 

Le président Trump prononcé son discours après avoir prêté serment, le 20 janvier 2017.

Monsieur le Président de la Cour suprême Roberts, Monsieur le Président Carter, Monsieur le Président Clinton, Monsieur le Président Bush, Monsieur le Président Obama, mes chers concitoyens et habitants du monde entier, merci.

Nous, citoyens d’Amérique, participons maintenant à un grand effort national pour reconstruire notre pays et rétablir sa promesse envers tous ses habitants. Ensemble, nous allons déterminer l’avenir de notre pays et celui du monde pour de nombreuses années à venir. Nous aurons des défis à relever. Nous aurons des difficultés à surmonter. Mais nous ferons ce qu’il faut pour réussir.

Tous les quatre ans, nous nous rassemblons sur ces marches pour effectuer une passation méthodique et pacifique des pouvoirs. Et nous sommes reconnaissants au président Obama et à la Première dame Michelle Obama de leur bienveillance tout au long de cette transition. Ils ont été magnifiques. Merci à eux.

Mais la cérémonie d’aujourd’hui revêt un sens très particulier. Parce qu’aujourd’hui, il ne s’agit pas d’une simple passation de pouvoir entre deux gouvernements ou entre deux partis. Il s’agit d’une passation du pouvoir qui part de Washington et qui vous est rendu à vous, le peuple.

Pendant trop longtemps, une petite élite dans la capitale de notre pays a tiré profit du gouvernement au détriment du peuple. Washington a prospéré mais le peuple n’en a pas profité. Les politiciens ont prospéré mais les emplois ont disparu. Et les usines ont fermé leurs portes. Les membres de l’establishment se sont protégés mais ils n’ont pas protégé les citoyens de ce pays. Leurs victoires n’ont pas été les vôtres. Leurs triomphes n’ont pas été les vôtres. Et pendant qu’ils les célébraient dans notre capitale, les familles en difficulté partout à travers le pays avaient peu de raisons de se réjouir.

Tout cela va changer, ici, et maintenant. Car ce moment est votre moment. Il vous appartient. Ce moment appartient à tous ceux réunis ici et à tous ceux qui nous suivent à travers l’Amérique.

Ceci est votre jour. Ceci est votre célébration. Et ces États-Unis d’Amérique sont votre pays. Ce qui compte vraiment, ce n’est pas de savoir quel parti est au pouvoir ; l’important, c’est de savoir si le gouvernement est aux mains du peuple. On se souviendra du 20 janvier 2017 comme de la date à laquelle le peuple aura retrouvé le pouvoir dans cette nation. Les laissés pour compte de notre pays ne seront plus laissés pour compte. Tout le monde vous écoute. Vous êtes venus par dizaines de millions pour participer à ce mouvement historique, un mouvement comme le monde n’en avait encore jamais connu.

Au cœur de ce mouvement réside une conviction profonde – à savoir que la nation existe pour servir ses citoyens. Les Américains veulent de bonnes écoles pour leurs enfants, des voisinages où règne la sécurité pour leur famille, de bons emplois pour eux-mêmes. Ce sont là des revendications justes et raisonnables, celles de gens vertueux et d’un public vertueux.

Mais trop de nos concitoyens sont confrontés à une réalité entièrement différente. Des mères et leurs enfants pris au piège de la pauvreté dans nos quartiers défavorisés, des usines délabrées dispersées à travers notre pays comme des tombes dans un cimetière, un système scolaire riche, mais qui n’enseigne rien à notre belle jeunesse. Et la criminalité, les gangs et la drogue qui ont dérobé trop de vies et ont privé notre pays de tant de son potentiel. Ce carnage américain s’arrête ici et maintenant.

Nous formons une seule nation, et leur souffrance est la nôtre. Leurs rêves sont les nôtres, et leurs succès seront les nôtres. Nous avons un cœur, un foyer et une glorieuse destinée en commun.

Le serment que j’ai prêté aujourd’hui est un serment d’allégeance à tous les Américains.

Pendant de nombreuses décennies, nous avons enrichi des industries étrangères aux dépens de la nôtre, subventionné les armées d’autres pays alors que nous assistons à la déperdition de la nôtre. Nous avons défendu les frontières d’autres pays tout en refusant de protéger les nôtres. Et nous avons dépensé des milliers de milliards de dollars à l’étranger alors que l’infrastructure américaine est tombée dans le délabrement et le déclin.

Nous avons enrichi d’autres pays tandis que la richesse, la force et l’assurance de notre pays se sont dissipées au fil du temps. L’une après l’autre, nos usines ont fermé et ont quitté nos rives, sans même une pensée pour les millions et millions de travailleurs américains laissés pour compte. La richesse de notre classe moyenne a été arrachée de nos foyers pour être redistribuée dans le monde entier. Mais c’est le passé et nous nous tournons maintenant vers l’avenir.

Nous qui sommes réunis ici aujourd’hui prenons un nouveau décret qui sera entendu dans toutes les villes, toutes les capitales étrangères et tous les centres du pouvoir. À partir d’aujourd’hui, une nouvelle vision gouvernera notre nation. À partir d’aujourd’hui, ce sera strictement l’Amérique d’abord – l’Amérique d’abord. Toutes les décisions sur les échanges, la fiscalité, l’immigration, les affaires étrangères seront prises pour bénéficier aux travailleurs américains et aux familles américaines. Nous devons protéger nos frontières des ravages que font d’autres pays quand ils fabriquent nos produits, volent nos entreprises et détruisent nos emplois.

La protection aboutira à la prospérité et à la force. Je me battrai pour vous avec chaque souffle en moi. Et jamais, jamais, je ne vous décevrai. L’Amérique sera de nouveau gagnante, plus encore qu’autrefois.

Nous ramènerons l’emploi. Nous rétablirons nos frontières. Nous rétablirons notre prospérité et nous rétablirons nos rêves.

Nous construirons de nouvelles routes et autoroutes, et des ponts, et des aéroports, et des tunnels et des voies de chemin de fer à travers notre magnifique nation.

Nous libérerons les gens de l’aide sociale et nous les remettrons au travail pour reconstruire notre pays avec une main-d’œuvre américaine et un labeur américain.  

Nous respecterons deux règles très simples – acheter américain et embaucher américain.

Nous chercherons l’amitié et la bonne volonté auprès des nations du monde.

Mais nous le ferons en sachant que toute nation a le droit de mettre ses propres intérêts en avant. Nous cherchons non pas à imposer notre mode de vie sur les autres, mais à le faire rayonner par l’exemple. Nous rayonnerons par l’exemple.  

Nous renforcerons les alliances existantes et en forgerons de nouvelles. Et nous unirons le monde civilisé contre le terrorisme islamiste radical, que nous éradiquerons entièrement de la surface de la Terre.  

Le socle de notre politique sera l’allégeance totale aux États-Unis d’Amérique, et par notre loyauté envers notre pays, nous redécouvrirons notre loyauté les uns envers les autres. Quand vous ouvrez votre cœur au patriotisme, il n’y a pas de place pour les préjugés.

La Bible nous dit comme il est bon de voir tous les peuples de Dieu vivre en harmonie. Nous devons parler franchement, discuter de nos désaccords ouvertement, mais toujours rechercher la solidarité. Lorsque l’Amérique est unie, rien ne peut l’arrêter.

Il n’y a pas de raison d’avoir peur. Nous sommes protégés, et nous le serons toujours. Nous serons protégés par les hommes et femmes remarquables de nos forces armées et de la police. Mais surtout, Dieu nous protégera.  

Enfin, nous devons penser grand et rêver plus grand encore. En Amérique, nous comprenons qu’une nation ne peut vivre que tant qu’elle fait son possible. Nous n’accepterons plus les politiciens qui ont du bagou mais qui ne font rien, qui se plaignent tout le temps mais qui ne font jamais rien pour changer les choses.  

Le temps de la parlote est fini. L’heure de passer à l’action est arrivée. Ne laissez personne vous dire que ça ne peut pas se faire. Aucun défi n’est trop grand devant le cœur, l’ardeur et l’esprit de l’Amérique. Nous n’échouerons pas. Notre pays va réussir et prospérer de nouveau.

Nous sommes à l’aube d’un nouveau millénaire, prêts à percer les mystères de l’espace, à libérer la Terre des misères de la maladie, et à maîtriser les énergies, les industries et les technologies de demain. Une nouvelle fierté va nous animer, élever nos regards, panser nos divisions.

Le moment est venu de nous rappeler les sages paroles que nos soldats n’oublieront jamais – à savoir, que nous soyons noir, brun ou blanc, nous avons tous dans nos veines le même sang rouge des patriotes. Nous jouissons tous des mêmes libertés glorieuses, et nous saluons tous le même grand drapeau américain. L’enfant né dans la ville tentaculaire de Detroit et celui né dans les plaines du Nebraska balayées par le vent voient le même ciel nocturne, emplissent leur cœur des mêmes rêves, et leur souffle de vie leur a été donné par le même Créateur Tout-Puissant.

À tous les Américains de toutes les villes proches et éloignées, petites ou grandes, d’une montagne à l’autre, d’un océan à l’autre, écoutez ces paroles : vous ne serez plus ignorés. Vos voix, vos espoirs et vos rêves définiront notre destinée américaine. Et votre courage, votre bonté, votre amour nous guideront pour toujours tout au long du chemin.

Ensemble, nous rendrons à l’Amérique sa force. Nous rendrons à l’Amérique sa richesse. Nous rendrons à l’Amérique sa fierté. Nous rendrons à l’Amérique sa sécurité. Et oui, ensemble, nous rendrons à l’Amérique sa grandeur.

Merci. Que Dieu vous bénisse. Et que Dieu bénisse l’Amérique. Merci. Que Dieu bénisse l’Amérique.

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Publié dans Divers

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