L’art de trouver le coupable

Publié le par Madeleine Moreau

« C’est pas de ma faute … », « J’y suis pour rien », « C’est à cause de toi si … »

Lorsque les choses ne vont pas comme nous le voudrions, il est « évident » que nous faisons porter le chapeau à quelqu’un, plus « rarement » nous acceptons de le porter.

L’article de ce jour est une reprise de 2011 et, lorsque je le relis, je ne peux m’empêcher de me dire qu’il n’a pas pris une ride. A vous d’en juger.

J'ai rien fait, j'ai rien dit, c'est pas moi ...

Que ce soit dans la vie privée, relationnelle ou professionnelle, il y a dans l’être humain un réflexe « pirouette ».

Ce mouvement qui consiste à « se désaxer » pour porter son regard ailleurs, sur autre chose.

Bien sûr, il y a un certain nombre de choses qui ne vont pas comme nous le voudrions dans notre vie et qui n’incombe pas à notre propre responsabilité.

Ainsi, personnellement, j’aurais bien voulu ce week-end prendre un peu de temps pour me reposer d’une semaine hyper chargée, mais voilà, les enfants sont arrivés et ils sont restés toute l’après-midi …

Des amis ont sonné à la porte sans avoir annoncé leur visite …

Il y avait cet anniversaire ou j’avais accepté d’y participer et d’apporter un dessert …

Résultat, je ne me suis pas reposée et je reprends le travail … fatiguée ! 

Vous voyez, je ne suis en rien responsable de ce qui est survenu au cours du week-end …

Les enfants ne pouvaient pas deviner que j’avais prévu de me reposer. Ils viennent si rarement que ça m’a fait plaisir. Je ne pouvais pas leur dire qu’ils auraient pu venir un autre jour …

Lorsque j’ai entendu que l’on sonnait à la porte, j’ai pensé que c’était ma voisine qui venait me demander de lui prêter quelque chose. Bon, c’était des amis que je n’avais pas revus depuis longtemps. Quelle joie de les revoir et de boire un verre ensemble, de préparer vite fait un repas que nous avons dégusté sur le pouce … « diable », ils avaient une longue route à faire et ils étaient juste passés pour « souffler » un peu !

Et puis, il y avait un anniversaire fêté le dimanche et en plus en fin d’après-midi, ce n’est pas si grave, d’autant plus que chaque invité avait pu profiter de son samedi et d’une partie de son dimanche pour se reposer … oui, mais je n’y ai plus pensé et je n’avais pas fait mon dessert. Je ne pouvais quand même pas y aller sans rien dans les mains !

Ce n’est quand même pas de ma faute si je suis fatiguée en ce lundi matin ! Et je ne peux même pas dire que c’est la faute de mes enfants, de mes amis … alors, j’accuse Dieu, ses saints et ses anges …

 Il y a aussi un certain nombre de choses qui ne vont pas comme je le voudrais et qui incombent à ma propre responsabilité. Mais voilà, d’une pirouette, je quitte ce qui est de ma responsabilité pour rejeter la faute sur l’autre.

 Ainsi, en reprenant mon travail, je m’aperçois qu’il manque des données dans le dossier que je dois étudier … j’ai oublié de demander à la personne concernée de me faire parvenir le PV des prises de décisions, ce qui m’aurait permis d’avancer dans ma tâche. Elle aurait quand même pu y penser !

Je ne peux pas avancer sur ce dossier puisque je n’ai pas toutes les données qui me sont nécessaires … alors, j’en veux à la personne qui a « oublié » de me donner les renseignements dont j’ai besoin, j’en veux à toutes ces personnes à qui je dois tout dire, j’en veux à la terre entière, je m’en prends même à Dieu, à ses saints, à ses anges … RIEN NE VA COMME JE VEUX !

Rien ne va comme je voudrais que ça aille, je n’avance pas, j’oublie des choses, je mets de côté ce qui est important et urgent, et, cerise sur le gâteau … comme je n’ai pas donné réponse à la personne qui me demandait d’étudier le dossier et de lui donner mes propositions, elle me reproche mon manque de professionnalisme.

Alors, je lui dis que ce n’est pas ma faute, que je n’ai pas reçu toutes les données, que je vais vite faire le nécessaire. Je lui dis que je ne supporte plus l’inactivité et le laisser aller de certaines personnes qui s’en foutent et qui ne font pas leur travail … et là, elle me dit que CE N’EST PAS SA FAUTE !

Du coup, je me sens déresponsabilisée … Je suis responsable de ce projet. Si celui-ci n’avance pas et que ce n’est pas de sa faute, alors qui va pousser pour le faire avancer ?

Je me sens insécurisée. Plutôt qu’être rassurée et motivée à prendre les choses en main, c’est comme si elle m’enlevait ma capacité à vivre ma responsabilité.

Je suis responsable du suivi de ce dossier. Je devais faire le nécessaire pour que les choses suivent et je ne l’ai pas fait. En me disant que ce n’est pas de sa faute si les autres ne font pas leur boulot, je me demande bien qui, alors, est responsable.

D’une pirouette j’essaie de rétablir mon équilibre, de me ré axer dans ma verticalité et d’un mouvement de colère je pense intérieurement : « Qu’ils aillent au diable » !  Cette saute d’humeur me fait du bien mais elle ne me rend pas heureuse.  

La faute, c’est l’action de faillir, de manquer. La responsabilité c’est reconnaître ce qui est, accepter ses actes manqués, les circonstances et les conséquences qui en découlent.

La notion de faute fait référence à la culpabilité et enferme dans la notion de ne pas faire d’erreur, de ne pas se donner le droit de rater quelque chose d’important. Regarder ce qui est de sa responsabilité est une démarche positive.

Et maintenant …

Si, comme moi, vous trouvez que cet article n’a pas prit une ride, c’est sans doute parce que, sans vous en rendre compte, vous faites porter le chapeau à quelqu’un d’autre.

Un merveilleux champ d’observation … qu’en dites-vous ? A bientôt.

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