A propos des petits déchets

Publié le par Madeleine Moreau

Que faire avec ce petit emballage bonbon qui traîne au fond de ma poche ? Pas grave, ce n’est que du papier et c’est recyclable ! Hop, ni vu ni connu, mais au moins il n’est plus dans ma poche !

Un tout petit déchet, presque rien … est-ce si grave ?

La sauvegarde de la planète peut-elle commencer en prenant conscience de toutes ces petites choses que nous jetons simplement parce que ce n’est pas si grave ?

J’ai une amie, qui, avec son petit-fils, prend du temps pour ramasser et remplir de petits déchets de petits sacs qu’elle met ensuite dans une poubelle.

Le conte ci-dessous nous raconte le drame des petits déchets.

 

Jules est un brave chien noir et blanc. Et intelligent avec ça, car il sait faire des calculs ! Mais il aime mieux se promener. Ainsi, tous les matins, il s’élance hors de sa niche pour effectuer son tour habituel dans la campagne. Et il s’arrête toujours sous le même arbre, pour faire pipi contre le tronc. Il faut dire que c’est un très bel arbre, majestueux et tout rond contre le ciel.

Jules connaît très bien son arbre, depuis le temps qu’il le fréquente. Au printemps, il est couvert de fleurs qui sentent les bonbons à la fraise. En été, l’herbe reste fraîche et douce à l’ombre de son épais feuillage. À l’automne, lorsque toutes les feuilles sont tombées, rien n’est plus rigolo que de s’y rouler, comme dans un nid douillet. Et quand vient l’hiver, les branches dénudées attirent de nombreuses corneilles qu’on peut toutes faire envoler d’un coup, rien qu’en aboyant !

C’est maintenant le mois de mai. Et comme chaque matin, Jules rend visite à son arbre préféré. Cela fait plusieurs jours qu’il sent que quelque chose a changé : l’odeur n’est pas la même que l’année dernière à la même époque.

L’arbre est pourtant très beau, avec sa belle couronne de feuilles d’un vert brillant.

Jules renifle partout et se pose des questions : « Nom d’un os ! Mais qu’est ce qui a changé ?»

Après deux semaines de ce manège, Jules comprend enfin ce qui est arrivé : « Ce sont les feuilles qui traînent par terre : celles qui sont tombées l’automne dernier sont toujours là ! Alors que d’habitude, les feuilles pourrissent au printemps et se mélangent à la terre !»  

Jules est plutôt rassuré. Il sait enfin pourquoi son arbre n’a pas l’odeur qu’il devrait avoir. Mais il ne s’en inquiète pas plus que ça...

Après un été qui se déroule sans problème – mis à part ces feuilles mortes qui ne veulent toujours pas pourrir – le froid de l’automne commence à s’installer.

Sur l’arbre, les feuilles vertes se mettent à jaunir. Puis elles tombent sur celles de l’année dernière, formant peu à peu un épais matelas. « C’est encore plus rigolo pour s’y rouler !», aboie Jules en disparaissant presque entièrement dans le matelas.

Puis vient l’hiver, avec ses corneilles. Et après les corneilles, à nouveau le printemps. Et, une fois encore, les feuilles tombées refusent de pourrir. Elles restent toujours là. Tout l’été. Jusqu’à l’automne suivant, où tombe une nouvelle couche de feuilles.

Cette fois, Jules trouve la situation beaucoup moins drôle : « Nom d’un os! Je n’arrive même plus à atteindre le tronc pour faire mon pipi !»

Il est contrarié, Jules.

Quand on est allé pendant des années sous le même arbre, ce n’est pas facile d’en changer. Il faudra pourtant qu’il en trouve un autre. Tout en cheminant dans la campagne, le chien se met à calculer (on vous a déjà dit qu’il sait faire des calculs) : « Voyons, voyons », se dit-il. « Si ce phénomène continue au même rythme, les feuilles vont monter jusqu’aux branches, et dans... vingt-cinq ans mon arbre va étouffer sous ce qu’il jette chaque année ! Ah ça oui, je n’y avais jamais songé : les feuilles mortes de l’automne sont comme des déchets. Et heureusement que mon arbre est le seul à être aussi étrange, sinon la forêt disparaîtrait sous ses vieilles feuilles et ses vieilles branches. Et les prés sous leur herbe sèche. Et les mares sous leurs vieux nénuphars... »

Tout en continuant son chemin, Jules se met à observer des objets qui traînent par terre et qu’il croise depuis plusieurs années au cours de sa promenade. Des objets qui ne veulent pas pourrir. Comme cette vieille boîte de limonade, ce sac en plastique, cet emballage de chips ou cet ordinateur cassé. Et il sent aussi toutes ces odeurs qui ne veulent pas s’effacer avec le temps, au contraire du parfum des fleurs ou du parfum de l’herbe : ces odeurs de peinture qui restent toujours dans l’air, ces huiles puantes qui souillent le bord du chemin, et tous ces produits de nettoyage, que les hommes jettent et qui s’accumulent en donnant un goût toujours plus mauvais à l’eau et à la terre.

« Nom d’un os ! se dit Jules, ces déchets vont finir par tout envahir. Si seulement les hommes pouvaient avoir un nez aussi fin que celui des chiens !»

Tout à coup, Jules s’arrête et ouvre de grands yeux, car une idée vient de lui traverser l’esprit. « Et mes crottes ? se dit-il. Que se passerait-il si mes crottes ne pourrissaient plus pour se mélanger à la terre ?»

Et il calcule... « Cela fait bientôt cinq ans que je viens chaque matin dans le coin... cinq années de crottes qui s’entassent... Oups ! Cela ferait un tas grand comme ma niche ! Et je n’ose même pas imaginer l’odeur ! Heureusement que la nature est vraiment bien faite et qu’elle sait recycler tous ses déchets !»

 Pierre-André Magnin 2005, revu en 2014

A demain.

Merci beaucoup de partager ce calendrier de l’Avent autour de vous, sur vos réseaux. 

Publié dans Avent 2018

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