Mon beau sapin, roi des forêts …

Publié le par Madeleine Moreau

Lorsque j’étais enfant, dans un petit village rural, les habitants allaient chercher leur sapin dans la forêt. Il ne fallait pas qu’il soit trop grand ou trop petit. Il était interdit de couper celui qui était isolé des autres.

Certaines années, la recherche était très longue. Trouver le sapin qui avait la bonne taille, qui n’aurait pas grandi harmonieusement parce que trop entouré par d’autres ancêtres ou d’autres essences, cela demandait une certaine connaissance des lois de la nature.

Arrivés à la maison, on le décorait avec des boules qui avaient été transmises par les générations précédentes. On accrochait des bougies de cire qui étaient allumées uniquement la nuit de Noël, juste avant la messe de minuit et dans la journée du 25, pas au-delà car le risque d’incendie était marqué. Chaque jour, ma mère le vaporisait avec un peu d’eau pour qu’il ne sèche pas et perde le moins d’aiguilles possible.

Quelques fois, il était possible de le garder jusqu’à la fête de l’Epiphanie, avant qu’il ne termine sa vie en nous offrant l’ultime feu de joie.

Nostalgie

C’est avec nostalgie que je me souviens de cette tradition. Tout semblait alors parfaitement en ordre, ou dans l’ordre des choses devrais-je dire.

En lien avec toutes les fenêtres proposées dans ce calendrier de l’Avent, je retrouve les 4 éléments : La terre sur laquelle avait été fécondé notre sapin de Noël, une terre calcaire, caillouteuse. Une terre sur laquelle poussait des sapins blancs, des sapins rouges … il fallait les différencier, les uns gardaient leurs aiguilles longtemps alors que les autres séchaient rapidement. Poussait également plusieurs variétés de feuillus, apportant ainsi des éléments nécessaires à la croissance des résineux : leurs racines profondes permettant de créer des poches d’eau permettant aux racines peu profondes des sapins de puiser ce qui leur était nécessaire, mais, surtout, offrant au vent une barrière une protection solide pour qu’ils puissent grandir sans être cassés. Les sapins qui continuaient de grandir, de se déployer offraient à leur tour sécurité et protection à des dizaines d’espèces d’oiseaux, aux petits animaux qui y trouvaient leur nourriture lorsque la neige était abondante. Dans ces pépinières naturelles, il n’était pas rare de trouver un houx avec ses fruits rouges ou des branches de gui. S’il n’y en avait pas, les branches de cyno ridons faisaient l’affaire pour la décoration de la table.

Le feu était présent lorsque les bougies étaient allumées et lorsque l’on brûlait le sapin dans un petit coin du jardin pour, selon la légende, donner de l’engrais au printemps suivant.

Comme je l’ai dit plus haut, cela demandait une certaine connaissance permettant de garder un équilibre forestier.

Une connaissance qui s’est perdue au fil des décennies, parce que l’on s’est éloignés d’une certaine sagesse ou simplement parce qu’il n’y a plus besoin d’y penser si le sapin est acheté dans une grande surface ou s’il est constitué de matière synthétique.

Nous – nous qui sommes de la « vieille » génération – avons perdu ce réflexe de transmettre ce que nous avons appris étant enfants. Nous avons perdu ou oublié l’importance de vivre une relation complice avec la nature.

Prendre soin de la vie c’est aussi prendre soin de notre environnement, cela ne fait aucun doute. La sauvegarde du climat c’est aussi la sauvegarde du genre humain. La nature reprendra tôt ou tard ses droits, elle n’a pas besoin de nous pour cela.

Alors, si vous vous arrêtez pour contempler le sapin de Noël trônant majestueusement sur la place du village, devant un supermarché ou sur l’avenue principale de votre ville, pensez à ce qu’il représente, au-delà de ses lumières, de son symbole.

A demain

Merci beaucoup de partager ce calendrier de l’Avent autour de vous, sur vos réseaux. 

 

Publié dans Avent 2018

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