Une métaphore parlante

Publié le par Madeleine Moreau

Et si un jour nous perdions notre intelligence, notre liberté, notre droit de pouvoir sur ce qui nous appartient, changerions-nous ?

 

Le bocal de M. Redfish

Monsieur Redfish est un poisson rouge tout à fait ordinaire. Le matin, il se lève tôt et mange trois tartines avant de se rendre à son bureau. Et le soir, il regarde la télévision jusqu’à dix heures, boit une tisane aux algues, puis va se coucher...

Or, un samedi matin, comme M. Redfish s’ennuie un peu dans sa vie bien réglée, il décide de prendre un animal de compagnie.

Le voilà donc qui entre dans une boutique située à quelques pas de chez lui :

 « Bonjour », lance M. Redfish en s’adressant au vendeur qui est un vieux poisson rouge au visage aimable. « J’aimerais un petit animal rigolo, sans plumes ni poils, car je suis allergique. Et qui n’exige surtout pas trop de soins. Avez-vous quelque chose du genre ?»

Le marchand réfléchit : « Je dois avoir ce qu’il vous faut. Il n’y a pas longtemps que nous en vendons, et je pense que ça va vous plaire. Juste une minute, j’arrive... »

Le vieux marchand se retire dans son arrière-boutique, et revient chargé d’un gros bocal. Il le pose délicatement sur le comptoir avec un sourire malin. « Alors, qu’en pensez-vous ?»

M. Redfish se penche pour bien voir. Le bocal est complètement fermé. A l’intérieur, il y a un petit bonhomme qui le regarde fixement avec les poings sur les hanches. Il y a aussi une petite maison, un petit jardin, un petit lac, et des petits sapins. – « C’est vraiment très joli !» s’exclame M. Redfish avec admiration. « Ça coûte combien ?»

 « Ça peut paraître très cher au départ, explique le marchand. Mais, à l’usage, c’est très économique. Il n’y a absolument rien à ajouter, ni rien à changer. Le bocal contient tout ce qu’il faut pour assurer l’équilibre écologique. L’air, les plantes, le lac, tout est en parfaite harmonie : vous pouvez ainsi partir en vacances l’esprit tranquille, je vous l’assure...»

Lorsque M. Redfish sort du magasin avec son bocal dans les bras, il a le sourire de celui qui est sûr d’avoir fait une bonne affaire. Une fois arrivé chez lui, il place son bocal dans le salon, près de la fenêtre, afin que les petits arbres et le petit jardin puissent recevoir de la bonne lumière, comme le lui a indiqué le vieux marchand.

M. Redfish passe le reste de son week-end devant la boule de verre, oubliant même de regarder la télévision.

Le petit bonhomme s’agite beaucoup : il bricole sans arrêt, plante des patates dans son jardin, se baigne dans le lac, récolte un peu de bois pour faire sa cuisine. Il a l’air heureux – mais pas autant que M. Redfish, absolument ravi de son achat.

Les deux mois qui suivent se déroulent sans problème. Le petit bonhomme et les plantes du bocal sont en parfait équilibre. L’eau qui s’évapore durant la journée, sous l’action du soleil, retombe en pluie légère quand vient le soir.

Ainsi, lorsque M. Redfish décide de partir en vacances pour quinze jours, il n’a aucune inquiétude...

Deux semaines plus tard, au moment où M. Redfish ouvre sa porte, il est surpris par une drôle de pétarade. Une grande agitation règne dans le bocal : le petit bonhomme s’est construit une petite voiture en bois et tourne à toute vitesse en frôlant la paroi de verre. « Incroyable ! Il est vraiment intelligent !», se dit M. Redfish, très fier.

Pour confectionner sa voiture, le petit bonhomme a abattu deux sapins. Et pour la faire avancer, il a construit un moteur à vapeur en utilisant le fourneau de sa petite maison. Il l’a placé à l’arrière du véhicule, et il y brûle du bois pour chauffer l’eau qui produit la vapeur.

Cela fait maintenant trois jours que le petit bonhomme effectue tous ses déplacements avec sa voiture. Pour se rendre au jardin, il fait auparavant trois tours de bocal. Et il doit bientôt couper un autre sapin pour fournir de l’énergie à son engin.

En consultant le thermomètre placé dans le bocal, M. Redfish constate que la température s’est élevée. La pluie aussi a changé. Ce ne sont plus de fines gouttelettes qui tombent le soir, mais de grosses précipitations qui s’abattent n’importe quand dans la journée, noyant le jardin et les patates.

Inquiet, M. Redfish prend son téléphone et appelle le marchand.  « C’est normal si tout va mal », lui explique le vieux poisson rouge. « Votre petit bonhomme brûle trop de combustible et coupe trop d’arbres. Quand on fait du feu ou quand on utilise sa voiture, on dégage du gaz carbonique dans l’air. Et c’est parce qu’il y a trop de ce gaz qu’il fait trop chaud. C’est ce qu’on appelle l’effet de serre. Votre bonhomme devrait s’en rendre compte et poser sa voiture pour laisser à nouveau pousser les arbres : eux seuls sont capables de capter ce gaz carbonique et de le transformer à nouveau en bois... »

Quand M. Redfish repose son téléphone, il pense que son protégé n’est pas si intelligent que ça. « Il va quand même réagir !», se dit -il.

Mais non ! le lendemain, le petit bonhomme coupe encore un sapin. Et il trouve même le moyen de bricoler sa voiture pour aller encore plus vite : il fait maintenant quatre tours de bocal pour se rendre au jardin.

« Mon Dieu », s’écrie M. Redfish en regardant le thermomètre qui ne cesse de s’élever et les gouttes qui coulent sur la paroi du bocal : « On ne voit bientôt plus rien là -dedans

Trois jours plus tard, M. Redfish rend le bocal au vieux poisson rouge.

Tout est gris et triste, à l’intérieur. Il n’y a plus d’arbres, les plantes du jardin ont pourri sur pied, et il fait tellement chaud que l’atmosphère ressemble à celle d’une sauna.

Le petit bonhomme suffoque et pleure de rage au volant parce qu’il ne peut plus avancer.

« Je vous le rends, dit M. Redfish, je ne veux pas le voir mourir. Vous n’auriez pas autre chose, également sans plumes ni poils, mais en beaucoup moins bête ?»

Le marchand le regarde avec un air désolé : « Prenez donc des escargots. Ils ne sont pas pressés, et il n’y a pas de risque qu’ils coupent les arbres pour se faire une belle carrosserie : ils en ont déjà une sur le dos !» 

Pierre -André Magnin 2005, revu en 2015

Sources : https://www.energie-environnement.ch/maison/chambre/contes-pedagogiques

A demain.

Merci beaucoup de partager ce calendrier de l’Avent autour de vous, sur vos réseaux. 

Publié dans Avent 2018

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