La rancune vous empoisonne ?

Publié le par Madeleine Moreau

Il y a quelques années, j’ai écrit un article sur ce thème avec quelques pistes pour en sortir.

Quelques commentaires reçus ces dernières semaines m’invitent à y revenir et à donner un éclairage plus large.

Guérir de la rancune, quelques pistes

Publié le 21 mai 2012  

Il y a des gens qui ne parviennent pas à tourner la page. Quel que soit le moment, ils reviennent sur le même moment. Ils redisent en long et en large ce que tout le monde a déjà entendu des centaines de fois. 

Ce n’est pas comme les souvenirs que racontent les hommes de leur service militaire, ou les femmes de leur premier baiser.

Non, ils reviennent sur quelque chose qui n’est pas digéré, qui reste tellement présent en eux que c’est toujours comme si c’était hier. 

Rancune

Ils vivent une rancune tenace, qui colle à la peau, qui remplit tout l’espace.

Même si ça s’est passé il y a 40 ans, c’est comme si toutes les années qu’ils viennent de vivre n’avait rien apporté d’autre que le fait, l'évènement, la blessure qui ne s’est jamais refermée.

Que vous inspire ce mot : Rancune ?

Personnellement, il me fait penser à quelque chose de rance. Il est plein d’amertume, d’acidité. C’est comme quelque chose qui devrait être vomi et qui reste coincé dans la gorge, qui fait une boule dans le plexus.

Pas très ragoûtant, non ?

La rancœur pourrait bien faire partie des poisons que nous visitons depuis quelques jours si elle vous poursuit.  

Les conséquences du poison rancunier

Est-ce que l’on dit de vous que vous êtes une personne rancunière ?

Est-ce que vous avez de temps en temps cette réflexion : « Mais, arrête de revenir sur cette histoire, c’est du passé … »

Est-ce que vous vous dites parfois : « J’aimerais bien faire une croix là-dessus parce que je n’avance pas. »

Oui ? Non ?

Si votre réponse est oui, lisez ce qui suit. Si c’est non, lisez également car vous découvrirez pourquoi il ne sert à rien d’en vouloir pendant des années à quelqu’un ou à quelque chose si vous voulez être bien en vous.

Les conséquences sont multiples et elles peuvent se répercuter bien au-delà de votre sphère privée.

La racine se situe dans votre histoire, à un moment précis.

Lorsque je dis « votre histoire », celle-ci peut faire référence à votre enfance ou votre adolescence. Au fil des ans, j’ai pu observer, que « l’histoire » peut s’être produite à l’âge adulte, à un moment crucial de la construction de sa personnalité.  

Quelque chose ou quelqu’un vous a fait mal. Ce peut être aussi un système, un environnement humain (groupe, association) … Toujours est-il que vous avez été blessé/e au plus profond de votre être.

Pour qu’une blessure se transforme peu à peu en rancune, il faut que vous ayez été touché-e dans quelque chose qui était important, vital en vous. Bien souvent, c’est dans l’échelle de vos valeurs, donc, au niveau de vos qualités, de vos ressources, de votre potentiel, de votre élan de vie.

Cette blessure, ne s’est pas refermée et elle s’ouvre à tout moment. Elle s’accompagne de ce goût d’amertume que vous connaissez si bien.

Elle vous empêche de profiter du moment présent et de vous tourner vers ce qui vous est donné dans votre aujourd’hui. 

Vous ressentez, consciemment ou non un besoin d’être entendu dans ce qui vous a fait mal.

Alors, vous revenez sans cesse sur cette histoire. Pour vous, c’est comme si vous vouliez dénoncer, vous faire entendre dans votre souffrance.

Vos amis, vos proches vous disent que c’est terrible ce que vous avez vécu. Vous ne les entendez pas.

Vous récoltez le contraire de ce que vous souhaitez, à savoir qu’ils ne vous entendent plus … ils connaissent la rengaine … ils ne font plus attention au traumatisme dont vous vous sentez victime.

C’est un premier scénario, il y en a un deuxième : le silence !

Le deuxième scénario est tout autant, si ce n’est plus, destructeur car il empêche d’aller de l’avant.

Sans en avoir vraiment conscience, un retrait s’est installé entre l’élan de vie brisé et tout ce qui pourrait être vécu dans l’aujourd’hui.

Je vous donne un exemple : Pierre (nom fictif) avait un véritable potentiel pour devenir un pédagogue avisé dans le contexte d’ados en difficulté d’insertion social. Un jour, alors qu’il essayait d’aider une adolescente à surmonter sa peur d’entrer en contact avec des « inconnus » - des gens qu’elle ne connaissait pas – il a été convoqué par le responsable de l’établissement. Des bruits avaient couru et il était soupçonné d’entretenir une relation illicite avec cette jeune fille. Le responsable lui a suggéré de se trouver un nouveau job et de renoncer à devenir assistant social car il n’avait, à ses yeux, pas les compétences requises.

Depuis, Pierre a trouvé un nouveau job. Il n’a jamais parlé de ce qui lui était arrivé. Durant des années il a souffert en silence à chaque fois qu’il voyait des ados mal tourner ou croisait des groupes de casseurs. A chaque fois il se revoyait dans le bureau du responsable et ressentait une vive douleur.

Papa à son tour, il a été super … jusqu’au moment où ses enfants sont entrés dans l’âge de l’adolescence. A ce moment-là, il a démissionné de son rôle de père et s’est mis en retrait. En lui, quelque chose lui interdisait d’entrer dans le monde que côtoyait ses enfants.  Personne ne comprenait son changement.  

Cette blessure, elle s’est produite dans une facette positive de vous.

Aujourd’hui, parce qu’elle n’est pas encore refermée, elle vous empêche de vivre pleinement ce positif.

 Pire, c’est lorsque vous êtes en contact avec ce positif que la blessure redevient purulente et vous fait encore plus mal.

Vous avez, peut-être, cette croyance que jamais vous ne pourrez guérir. 

Vous vous enfermez dans ce passé … ou, vous restez prisonnier, prisonnière de ce passé.

Une partie de vous a cessé de grandir.

Vous n’acceptez pas, vous ne pouvez pas encore accepter ce qui a été et vous ne voulez qu’une chose, que justice soit faite.

Votre rancœur et la manière dont vous l’exprimez est, d’une certaine manière, une attitude que vous avez adopté pour ne pas l’oublier. 

Pour ne plus dire toujours la même histoire.

La rancœur ne va pas vous conduire à la mort mais à une difficulté de vivre le moment présent, de tourner la page et de vivre pleinement votre vie.

C’est le moment de vous mettre en chemin pour parvenir à tourner la page et choisir de vivre avec et malgré ce qui est arrivé il y a si longtemps.  

C’est le moment de vivre une démarche de « pardon ». De pardonner à la personne ou au système tout le mal qui vous a été fait.

Cette action de pardonner était, pour moi, quelque chose que je ne pouvais pas entendre. C’était comme si on me demandait de m’excuser auprès des personnes qui m’avaient maltraitée et si profondément blessées.

Ce mot, cette démarche, c’est quelque chose qui semble inhumain si c’est pris au premier degré.

« Il te faut pardonner … » Tu parles, c’est ce que j’entendais déjà lorsque j’étais enfant : « Tu honoreras ton père et ta mère » le commandement suprême répété par ces personnes honnêtes qui ne voulaient pas voir la maltraitance dont j’étais victime à la maison !!! Alors, me parler de pardon, c’était m’envoyer en enfer.

Ce mot, cette action, je ne pouvais pas l’entendre. Il m’a donc fallu trouver un autre chemin pour arriver au même résultat.

Je l’ai trouvé un jour, lors d’un entretien. La personne qui m’accompagnait m’a demandé : « Est-ce que tu peux aimer cette petite fille qui est parvenue à survivre au milieu de tout ça ? »

Est-ce que je peux aimer cette petite fille qui a été si profondément blessée et qui a réussi à vivre ?

Sur le moment, non, je ne pouvais pas. Au contraire, j’avais envie de la battre, de me mettre en colère contre elle, de l’effacer de ma vue. Je ne pouvais pas faire un pas vers elle. Elle représentait pour moi la honte, le déshonneur … elle s’était laissé faire !

Et c’est là que j’ai compris : le pardon ne veut pas dire s’excuser face aux tortionnaires, le pardon veut dire commencer à s’aimer !

Comment ?

Cette rancune que vous portez en vous, elle se situe où dans votre histoire ?

Qu’est-ce qui s’est passé ?

C’est quoi qui a été blessé en vous ? quelle qualité ? quelle aspiration ? quelle richesse ? (Valeur, certitude, …)

Pourquoi est-ce que ça vous fait encore si mal aujourd’hui ?

Le premier pas est de revenir d’une manière différente à la racine de la rancœur. Pas pour réactiver ce qui vous fait mal, mais pour prendre le temps de regarder et de conscientiser ce qui s’est passé. 

Arrêtez d’en parler à chaque fois que l’occasion d’en parler avec vos proches ou vos amis.

Je dis souvent qu’il faut nommer, parler de ce qui nous (nous = les victimes) est arrivé.

Mais il y a plusieurs manières d’en parler. Il y a la plainte incessante : je ne peux pas parce que … je ne veux pas parce que … c’est comme avec mon père, avec ma mère, avec … je ne m’en sortirai jamais … je ne suis qu’une m… je suis vraiment nulle, de toute façon, c’était écrit … Donc, première manière se plaindre et en vouloir à tout le monde.

Il y a la manière de demander de l’attention à tout moment, n’importe quand, en attirant l’attention des autres, en essayant de les amadouer sur les manques, les besoins : tu pourrais faire cela pour moi … si tu m’aimes tu … montre-moi que tu m’aimes et fait ceci, cela … Deuxième manière, exigé de ses proches de nous donner ce qui nous a manqué.

Il y a les non-dits. C’est la manière silencieuse. Elle est perverse. Comme il est impossible de dire de quoi l’on a été victime, on essaye de faire comprendre sans y mettre les mots qu’il y a des choses qui sont au-dessus de nous, qui nous dépasse, que nous ne pouvons pas et on met les autres dans des situations qu’ils ne peuvent pas comprendre.

Ils ne peuvent pas vous aider à guérir. Ils peuvent être compatissants un moment, mais après, vous leur « cassez » les oreilles.

Faites le pas pour en parler à un professionnel qui saura vous aider à démêler tout ce qui s’est mélangé en vous au fil des ans et vous guidera vers une cicatrisation de la blessure. (Il restera toujours la marque de la blessure).   

Ce positif qui a été blessé en vous au moment de l’impact, est-ce que vous le vivez à d’autres moments dans votre vie ?

  •   Quand ?
  • Comment ?
  • Est-ce alors une raison pour continuer d’en vouloir à la personne ou au   système ?
  •  Comment pourriez-vous lui redonner ce qui lui appartient ? 

Retrouver votre liberté de vivre, commencer à grandir autrement, ça vous apporterait quoi dans votre aujourd’hui ?

  • Ce besoin que justice soit faite passe par la récupération de votre liberté et de votre aspiration à vivre pleinement dans le moment présent.

Je veux que justice soit faite … encore un terme qui n’est pas vraiment adapté à la guérison de la rancune.

Dans l’image que nous renvoie notre conscience, nous voyons un tribunal, un juge, une accusation, une condamnation.

Le besoin de justice n’a rien à voir avec l’image mentale que l’on peut se faire.

Le besoin de justice passe par la récupération de notre droit de vivre ! Je vous dois une explication. Dans mes blessures, il y en a une que j’ai longtemps ressenti : le bonheur n’était pas pour moi. Je croyais, ou plutôt je m’étais forgé l’idée que je n’avais pas le droit de me sentir heureuse alors que j’avais tout pour cela dans ma vie. Ayant cette croyance je ne me donnais pas le droit de vivre.

La rancœur vous fait vivre une attitude que vous avez adoptée pour ne pas l’oublier.

  • Cette attitude, comment pourriez-vous la quitter ? Ce serait quoi pour vous que de vivre l’attitude inverse ?
  • Personne ne vous dit d’oublier ce qui s’est passé … vous pouvez en revanche construire à partir de ce qui s’est produit.

Pardonner c’est commencer à vivre par-dessus. Par-dessus, cela veut dire en acceptant que soit inscrit dans votre sensibilité, dans votre corps une blessure réelle qui s’est cicatrisée. Et c’est faire un pas vers l’enfant, l’ados ou l’adulte qui a continué de vivre malgré ce qui lui est arrivé.

C’est tourner la page sans renier ce qui a été. Vous pouvez commencer à vous mettre à la recherche des histoires de vie positives et à les relire pour activer le « flux sain » de vos pensées.

C’est vivre en choisissant d’être dans le moment présent et non pas prisonnier du passé.

A bientôt.

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Publié dans Coaching

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Commenter cet article

Simouss 05/12/2019 23:37

J'ai vécu des mois avec une fille rancunière et avec du ressentiment. C'est terrible, la culpabilité que l'on ressent surtout si on est en amour car on se fait reprocher sans cesse des choses. On s'excuse pour des petits détails.
Ils boivent du poison en souhaitant que ce soit nous qui ait mal. Ils vivent constamment dans le passé. Je n'ai pas besoin de ça dans ma vie.
L'article m'éclaircit merci.
Que Dieu les amène sur le chemin du pardon sinon pauvre eux.

paul 22/09/2019 19:36

Bonjour,

ça me parle beaucoup...Je suis plutot du genre silencieux. Le mal qui m'a été fait n'a que très rarement été évoqué. Et j'ai l'impression que mon père s'en est sorti en rasant les murs ni vu ni connu. Aujourd'hui j'ai l'impression de ne plus pouvoir aimer, je ne fais qu'en vouloir à la terre entière. J'ai l'impression que les autres sont responsables de mon malheur. Je ne sais pas par ou commencer pour entamer ce chemin vers le pardon. Merci pour votre article