Au-delà de la « religiosité »

Publié le par processuscroissance--blog.com

Bonnes fêtes de Pâques

Pâques,  une fête chrétienne … un long week-end de repos … des lapins, des œufs à déguster sans modération …

Entre ce qui appartient au rituel d’une religion et ce qui appartient au rituel païen, Pâques comme Noël restent des fêtes significatives dans nos calendriers.

Pâques est une fête que j’aime  particulièrement. C’est sans doute la fête qui comporte le plus grand message en ce qui concerne la condition humaine.

J’ai envie, aujourd’hui, de vous partager ce qu’elle représente pour moi, ceci au-delà de toute religiosité, de tout message chrétien.

Un exercice pas facile car il y a en moi l’empreinte de mes racines Catholiques, de ce que j’ai appris par l’éducation religieuse, de ce que j’ai compris en lisant les textes bibliques, de ce qui s’est inscrit au fil des ans.

Je suis consciente qu’il y a en vous d’autres empreintes. Elles peuvent être inscrites dans le mouvement de Protestantisme, de la religion Juive, de l’Islam ou de rien de tout cela.

Pâques pour moi est un pont invisible que je traverse à chaque fois que je me heurte à des questions existentielles.

« Pourquoi faut-il vivre pour mourir ? »

« Pourquoi la mort happe-t-elle des enfants et laisse en vie des personnes âgées qui ne demandent qu’à partir sans souffrances ? »

« Pourquoi la souffrance fait-elle partie de la vie ? »

« Pourquoi la haine, la violence, la torture ? »

Je n’ai aucune réponse à ces questions. Aucune réponse qui soit vraiment satisfaisante et qui laisserait mon cœur en paix … et ça me demande de vivre un lâcher prise sur tout ce que je crois connaître, savoir.

Pâques dans sa signification me permet de vivre ce lâcher prise.

Pâques c’est le chemin que tout être humain est appelé à vivre sur cette terre. Un chemin qui commence bien avant la naissance, au moment de la création de l’être qu’il deviendra et qui passe par la mort, par des morts consécutives et des renaissances, qui pour certains se termine avec la mort physique, pour d’autres avec l’espoir d’une résurrection.

Pâques et la condition humaine

Les rituels chrétiens proposent un cheminement sur 4 jours. Chaque jour est une invitation à entrer dans une perspective où le Divin rejoint l’Humain.

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Jeudi … Jeudi Saint ou la commémoration de la Sainte Cène. Jésus s’offre au monde en lui donnant son corps et son sang.

Si la signification est importante aux yeux des diverses religions, elle reste quelque peu obscure dans le cœur des personnes qui n’ont reçu aucune instruction ou catéchisme. Et encore, elle peut rester obscure pour celles qui l’ont reçue.

Jeudi dans notre condition humaine :

C’est tout le sens de la vie qui est célébré en ce jour. Le sens donné à la vie, le sens donné à notre vie.

Pourquoi vivons-nous ? Pourquoi sommes-nous de passage sur cette terre ?

Tout au long de notre vie nous essayons de nous déployer, de faire grandir ce qu’il y a de meilleur en nous.

Nous nous accrochons à des valeurs, nous essayons de faire de notre mieux pour habiter cette terre.

Nous restons en quête d’amour, de sens, d’harmonie.

Nous souffrons également. Nous souffrons de ne pas parvenir à réaliser ou à vivre un monde plus juste. Nous souffrons parce que, autour de nous, il y a de la violence, de l’injustice, de la haine.

Nous aimerions tellement pouvoir enlever toute souffrance, voir les autres heureux et nous n’y arrivons pas.

Nous avons alors à vivre un premier lâcher prise. Nous ne pouvons pas enlever toute souffrance. Nous ne pouvons pas faire en sorte que toutes les personnes qui nous sont proches soient heureuses. Nous ne pouvons pas effacer toutes traces de violence, d’injustice, de haine.

Parce que nous sommes justement des êtres humains avec nos forces et nos faiblesses.

Il y a cependant quelque chose que nous pouvons faire.

C’est de donner ce qu’il y a de meilleur en nous. De transmettre tout l’amour qui nous habite, de partager tout ce qui nous est essentiel, de « servir » le monde et non pas de nous servir de ce que le monde veut nous donner.

C’est de vivre pleinement, non pas pour tirer profit de toutes les richesses mais pour donner toute la richesse qui nous compose.

Et ne rien attendre en retour.

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Vendredi … vendredi saint ou la mort sur la croix. Jésus est condamné à mort.

Il a suffit d’une nuit, d’un jugement rapide sans possibilité de recours pour mettre à mort Celui qui se disait Fils de Dieu.

Vendredi dans notre condition humaine

« Il faut porter sa croix » … Vous connaissez cet adage. Dans un chant nous disons également : « C’est à nous de porter sa croix aujourd’hui »

Une manière déguisée pour dire que nous devons accepter la souffrance, que nous devons accepter nos mises à morts, les condamnations qui  nous tombent dessus.

C’est un non-sens en rapport avec ce qui dit à propos du « jeudi ».

Ces incohérences font parties de notre condition humaine.

Partout dans le monde, des hommes, des femmes sont à l’œuvre pour que puisse se vivre plus de justice, plus d’amour, plus de partage des biens, etc … Des hommes et des femmes sont à l’œuvre pour soigner les blessures de la violence, de la haine, de l’injustice.

Ils/elles ne portent pas « sa croix ». Ils/elles vivent comme si chaque jour était un « jeudi ».

Paradoxalement ils/elles sont également, à chaque instant, projetées dans un « vendredi ».

Leur lutte, leur travail pour un monde plus juste est souvent vécu dans l’indifférence générale. Le projecteur peut se diriger dans leur direction le temps d’un court instant puis s’éteindre inexorablement.

Il ne faut pas s’appeler : Martin Luther King, Mère Térésa, Sœur Emmanuelle, Coluche, Abbé Pierre … ou Pierre, Jacques, Jean, Isabelle, Françoise ou Béatrice pour vivre des « vendredi ».

Il suffit d’être soi, tout soi, rien que soi pour être à notre tour des « condamnés ».  

A chaque fois que nous œuvrons pour apporter plus de joie, plus de bonheur, plus de justice nous courrons le risque d’être à notre tour condamné, jugé à cause de nos idéaux qui vont à l’encontre du profit.

Et si nous n’œuvrons pas pour une raison particulière, la vie se charge de nous apporter notre lot de souffrance : maladie, séparation, deuil … tout au long de notre vie.

Nos « vendredi » deviennent ainsi l’image de toutes les épreuves que nous traversons. Ces épreuves qui ressemblent à des morts, qui peuvent être des morts. Elles nous atteignent personnellement et elles atteignent les personnes qui nous sont proches.

Lorsque nous souffrons dans nos entrailles, lorsque plus rien ne semble nous donner la sensation de vivre pour quelque chose, lorsque tout le sens que nous donnions à quelque chose s’évanouit, nous sommes dans un « vendredi ».

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Samedi … samedi saint ou la grande nuit lumineuse. La vie vaincue, la mort gagnante … ce qui devait être une fin n’est que la naissance d’une autre vie possible.

Samedi dans notre condition humaine

Nous n’en n’avons pas pleinement conscience, c’est ce que nous vivons tout au long de notre vie.

Dans les textes liturgiques, il y en a un qui reste une référence en moi pour mieux m’approcher de ce que sont ces « samedi » dans notre condition humaine.

C’est le passage de la mer rouge. Vous pouvez relire l’article ici.

La nuit du samedi saint devient un espace réservé à la métamorphose intérieure.

Ce qui semble impossible humainement devient possible divinement.

Dans notre condition humaine nous passons sans cesse par des moments de joie et des moments de tristesse. Nous ne cessons de vivre des morts et des renaissances.

Nous vivons des « jeudi », des « vendredi » et nous vivons des « samedi » … nous ne passons pas directement au « dimanche ».

Lorsque nous avons le cœur en deuil, lorsque nous avons le sentiment d’avoir perdu ce qui nous était le plus important, lorsque nous devons quitter une zone de confort ou un état d’esclavage, la terre promise ne nous apparaît pas aussi rapidement que nous le voudrions.

Lorsque nous sommes dans la souffrance, dans la douleur nous ne pouvons pas passer en un clin d’œil dans la joie, le bonheur, la plénitude.

Le passage entre un état et un autre peut demander plusieurs jours, voir des semaines, des mois et parfois des années.

Je sais, c’est difficile. Cela peut paraître presque surhumain. Pourtant c’est ce que certaines personnes vivent.

La métaphore entre la nuit et la nuit lumineuse devient alors cohérente. Ne disons-nous pas « Je ne vois pas le bout du tunnel » ?

Il n’y a rien qui semble possible de faire lorsque l’on est ainsi dans la nuit. Rien si ce n’est d’accepter, d’accueillir, d’espérer.

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Dimanche … jour de la Résurrection, Pâques au bout du chemin. La mort est vaincue, la vie reprend ses droits. Jésus est Ressuscité.

Tout éclate, tout redevient lumineux … une page se tourne.

Comment expliquer la Résurrection lorsque la vie s’arrête avec la mort physique ?

Et si il n’y avait rien à expliquer, juste à essayer d’y croire et d’en percevoir les signes dans notre propre vie ?

Dimanche dans notre condition humaine

Une guerre qui cesse, la paix qui revient …

Une crise qui prend fin, l’économie qui repart …

Une épreuve qui se termine, l’avenir qui se dessine autrement …

Une souffrance qui s’atténue, la joie qui revient …

Un deuil qui prend fin, la vie qui reprend ses droits …

Autant d’exemples qui peuvent nous permettre de comprendre ce qu’est la Résurrection. Il n’est pas rare d’entendre : « Enfin … je me sens revivre » !

Bien sûr, Pâques lorsque le regard est porté sur la religion invite principalement à entrer dans le mystère de la Résurrection, de la vie qui nous est promise après notre mort physique.

Je n’ai jamais complètement adhéré à cette vision. Oui, je crois qu’il y a une vie après la mort, je ne crois pas en la réincarnation, mais à une autre vie … je ne peux pas l’expliquer, je crois tout simplement.

Mais, pour le moment, je suis en vie. Je vis ma condition d’être humain.

Et, si j’aime ces jours de célébrations, c’est justement parce que cela apporte un sens, un éclairage, une direction à notre vie.

Je ne peux, ici que conclure en vous souhaitant de belles fêtes de Pâques.

Si vous avez envie de réagir, n’hésitez pas. Les commentaires sont là pour ça. Je vous retrouve la semaine prochaine. En attendant, profitez de ces quelques jours pour vous ressourcer à la source de la vie.


 

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Mira 29/03/2013 10:11


Wow!avec ce blog,l'appartenance à la réligion n'a plus d'importance, tout le monde peut fêter Pâques da manière très personelle! Des rites de passage, il y en a en toute croyance, en toute
réligion, et ils sont important, domage qu'ils sont si souvent vidés de leur vrai sens profond, mais c'est aussi une chance de chercher le sens que les fêtes proposés ont pour moi personellement.
Merci, Madeleine!