Payez uniquement pour ce que vous désirez atteindre

Publié le par Madeleine Moreau

Sans en avoir conscience, vous payez des minutes stériles

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Laurence a commencé depuis quelques mois un travail sur elle.

Dès le début, sa demande a été claire : « Je viens de perdre un ami qui m’était très proche. Je n’accepte pas son départ. Je me sens seule, abandonnée, trahie. Je sens que je n’arrive pas à traverser la souffrance du vide, j’ai besoin de votre aide. »

Durant les premiers entretiens, elle me parle de son ami, jamais d’elle.

Je l’invite à se dire dans ce qu’elle vivait à ses côtés, de ses ressentis. Elle essaie, mais n’y arrive pas, comme si un mur avait été dressé au moment de son départ, ou, comme si elle cherchait à ne pas se révéler dans son jardin intime.

Ce n’est pas grave, cela arrive souvent. Il est parfois plus facile de parler de l’autre que de parler de soi. D’une certaine manière, c’est le rendre à nouveau vivant, avec le risque d’en rester là et de croire qu’ainsi, la guérison, le deuil se réalisera.

Lorsqu’elle n’a « plus » rien eu à dire sur son ami, du moins dans ce qu’elle voulait me confier, elle ne pouvait avancer qu’en me parlant d’elle, de ce qu’elle vivait, de ce qu’elle ressentait.

C’est ainsi qu’elle arrivait en entretien en me parlant de ce qu’elle avait fait durant la semaine, en parlant de la dernière recette de cuisine testée, en me parlant de ses collègues qui traversaient des moments difficiles, etc … Un peu comme si sa demande de départ était mise à l’écart, un peu comme si elle avait besoin de trouver ses marques pour commencer à se dire dans ses tourments et ses questionnements, sa colère et sa tristesse.

Elle y parvenait dans les 10 dernières minutes de l’entretien. Juste le temps nécessaire pour effleurer, pour caresser ce qui lui faisait si mal.

Il est toujours difficile de laisser quelqu’un partir alors que le couvercle de sa souffrance vient de s’ouvrir.

Il est difficile pour la personne d’entrer véritablement dans « l’en-je » d’un travail de deuil.

Laurence a mis fin aux entretiens. Ceux-ci ne lui apportaient pas le réconfort qu’elle aurait souhaité, elle n’avançait pas, sa tristesse ne s’atténuait pas.

Peut-être, à l’époque, n’avais-je pas en moi suffisamment de pratique pour la guider et l’aider à se dire et non à se confier. (Je parle de cette différence dans les 2 derniers articles)

Avec les années, j’ai pris conscience que souvent, les personnes, et moi aussi,  ne savent pas comment entrer dans ce qui a mal et perdent un temps précieux à parler de tout et de rien, reculant le moment ultime où le problème viendra à la surface.

Reste alors la sensation d’avoir payé pour rien.

Auriez-vous, d’ailleurs, la pensée de payer votre copain, votre copine pour vous avoir écouté dans vos malheurs ? Bien sûr que non.

Vous rencontrez un professionnel en psychologie pour avancer sur le chemin de votre vie

Cela vous semble évident.

C’est parce qu’il y a un « nœud », un « problème » que vous n’arrivez pas à surmonter, une « difficulté » importante dans ce que vous vivez, une « crise » existentielle que vous demandez un accompagnement.

C’est parce que vous voulez avancer, guérir, grandir, vous épanouir, être heureux/se que vous avez besoin d’un vis-à-vis pour vous aider.

Vous ne prenez pas rendez-vous chez un médecin pour parler de vous en-dehors de ce qui ne constitue pas une question médicale. Il en est de même lorsque vous demandez un accompagnement psychologique.  

Préparez votre entretien coaching ou thérapeutique

Vous avez rendez-vous chez un coach de vie, un psychologue, un analyste … qu’allez-vous lui dire ?

Personnellement, c’est la première question que je me pose.

Comme pour vous, ma vie est intense. Il y a plein de choses qui me semblent importantes, plein de questions qui traversent mon esprit, plein de situations qui sont plus ou moins difficiles que je dois traverser. Donc, le terrain est vaste, très vaste.

Il y a des « trucs » qui m’empoisonnent au quotidien. Je n’en parle pas d’ordinaire. Le risque est que je prenne le 45% du temps qui m’est donné pour parler de cela et non pour entrer dans ce que je désire travailler.

Tout change à partir du moment où je me pose la question : « Qu’est-ce que je vais lui dire ? »  Traduisez par : « Qu’est-ce que je veux travailler aujourd’hui ? »

Voici 3 points importants qui peuvent vous aider à préparer ce que vous allez dire, qui va vous guider pour ne pas perdre de précieuses minutes :

1)  Ce que je souhaite aborder – une situation concrète qui me préoccupe

2)  Ce que je ressens – mes sentiments, mes émotions, le retentissement corporelle, mon vécu dans la situation

3)  Ce que j’attends de l’entretien

Préparez votre entretien en répondant par écrit. N’y pensez pas simplement dans votre tête, du moins au début, jusqu’au moment où il vous sera devenu aisé de vous dire dès le début de l’entretien.  

45’ ou 1h, c’est selon le temps qui vous est accordé - c’est très court pour aller le plus loin possible.

Si vous arrivez à votre rendez-vous avec tous les « soucis », « préoccupations » que vous avez, vous n’arriverez pas à démêler les différentes ficelles de votre tête.

Si vous arrivez en vous étant préparé à ce que vous souhaitez aborder, votre regard sera centré sur cela, pour sur tout le reste.

Si vous vous « habillez » par ce que vous ressentez, c’est-à-dire, par vos sentiments, vos émotions, votre vécu dans la situation, il vous sera plus facile de vous dire.

Si vous exprimez votre besoin, ce que vous attendez de l’entretien – pas ce que vous attendez du thérapeute – vous le préparez à vous accompagner là où vous désirez aller. Autrement, il essaiera de vous guider sur des pistes qu’il perçoit, ce ne seront pas forcément celles qui vont vous aider.

En conclusion

Préparez votre entretien – le meilleur moyen pour ne pas payer des minutes pour rien.

Posez-vous la question : « Qu’est-ce que je veux aborder aujourd’hui ? »

Posez, faites le tour de vos sentiments, de vos émotions, de ce que vous vivez … jusqu’où cela vous est possible. N’ayez pas peur, le brut du brut peut jaillir en cours d’entretien.

Dites ce que vous attendez de l’entretien. (Avancer dans la problématique, trouver un sens, comprendre, résoudre, guérir, être mieux, déployer une ressource, découvrir l’origine d’un fonctionnement, être accueilli/e dans ce que vous vivez …) En résumé : avec quels fruits désirez-vous repartir ?

Certains fruits demanderont à revenir parce pas encore à maturation, d’autres ne seront encore qu’en fleurs, et peut-être, repartirez-vous avec un fruit mûr que vous pourrez goûter dès votre retour.

Je vous souhaite un bon week-end, à bientôt.  


 

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Mira 02/11/2013 10:56


être consciente de cette petite différence entre se confier et se dire fait la grande différence sur le chemin vers une vie plus lucide et une meilleure gestion de ce qui nous arrive. Je pense
que, parfois, nous avons juste besoin de nous confier, de sentir une présence consolatrice et compréhensive avec nous, mais pour mieux faire face et prendre en main sa vie, important de passer
par la case de se dire. Merci pour cet article!