Quand vivre en ayant des liens à l’extérieur devient impossible

Publié le par processuscroissance--blog.com

L’histoire de la « sorcière »

Lorsque j’étais enfant, vivait à l’extérieur du village une femme que je voyais comme très vieille.

Je m’en souviens car elle était surnommée « la sorcière ».

Nous avions l’interdiction de nous approcher de sa maison.

Le malheur semblait traîner comme le loup aux aguets pour surprendre la moindre enfreinte à un règlement mis en place par tous les villageois qui avaient quelques dettes à régler avec cette vieille dame.

Il n’en fallait pas plus pour que nos imaginations enfantines nous propulsent vers le royaume des gentils et des méchants, des gens biens et des sorcières.

A notre compte nous avions de quoi écrire un nouveau conte bien plus intéressant que ceux de Perrault ou des frères Grimm. La sorcière habitait près de chez nous et elle nous faisait peur … parce que personne ne pouvait la voir.

Un jour, j’ai appris son histoire.

Son mari, ses 2 enfants ont trouvé la mort dans un incendie un soir de juin. La foudre s’est abattue sur eux sans aucune raison … à l’époque, le phénomène des orages secs n’était pas très répandu dans sa compréhension.

Il n’en avait pas fallu plus pour que tous gens du village la traite de sorcière, allant jusqu’à la suspecter d’avoir attiré la foudre pour profiter de l’héritage.

Pas de compassion pour le drame qui l’avait frappée. Personne n’a cherché à comprendre et à donner une explication à ce qui s’était passé. Sans jugement, sans procès, sans enquête, cette femme a été condamnée à l’isolement social.

Ne voulant pas quitter la région et désirant rester proche du lieu où reposait ceux qu’elle avait aimé, elle a construit une toute petite maison à l’extérieur du village.

Et … elle s’est enfermée dedans.

Seul le facteur avait le droit de franchir la barrière une fois par quinzaine. Il  déposait devant sa porte la rente qui lui revenait et quelques provisions.

Un jour elle n’a pas ouvert la porte pour s’emparer du colis laissé par le facteur. Elle est morte dans le silence et dans la plus grande solitude qui puisse, je pense, exister sur terre.

Il est possible de survivre coupé de toute relation.

 Mais est-il possible de vivre sans être en relation/s, sans être relié avec le monde extérieur ?

Cette femme, cette « sorcière » était restée reliée à sa manière. Il y avait le facteur. Il y avait également le médecin du village qui passait chez elle 2 fois par an lorsque la nuit était tombée.

Elle s’était enfermée, barricadée derrière ses murs et elle a survécu seule durant plus de 30 ans.

Aujourd’hui plane toujours sur le village l’histoire de la maison de la « sorcière » et les générations qui suivent y apportent quelques édulcorants comme pour excuser leurs aïeuls de ce qu’ils ont fait.

Et puis, on se dit que cela s’est passé il y a plus de 40 ans, qu’aujourd’hui cela ne se produirait plus. On pense qu’aujourd’hui plus personne ne serait ainsi condamné. On croit que c’est facile de rester relié au monde … ne sommes-nous pas à l’ère de la mondialisation et des réseaux sociaux ?

solitude

La solitude sur la toile

Vous avez sans doute entendu parler de cette nouvelle maladie qui frappe les adolescents « le repli social par l’enfermement dans le monde virtuel ».

Des adolescents refusent de se nourrir, d’aller à l’école, de se lever ou même de sortir de leur chambre.

Ils demandent à leurs parents de déposer devant leur porte de quoi les nourrir et s’hydrater et passent leurs journées, leurs nuits sur des jeux vidéo, des discussions virtuelles.

Jusqu’au jour, où si personne n’intervient à temps, l’adolescent est retrouvé mort par suicide.

Cela semble impossible et pourtant c’est une maladie qui se répand dans le monde entier.

Il semble impossible de penser que des parents acceptent que leur enfant puisse s’enfermer dans sa chambre et couper tout lien avec l’extérieur.

Et pourtant c’est le cas. Le cordon ombilical avec le monde extérieur est coupé de la part de l’adolescent mais également du côté des parents.

C’est un échappatoire que prennent également certaines personnes qui souffrent cruellement de la solitude et qui se réfugient dans un monde virtuel qui leur permet de survivre.

C’est ainsi que j’ai connu Judith, une femme de 40 ans. Je l’ai connue pleine de vie, bien insérée dans le monde. Mariée, maman, elle respirait le bonheur de vivre.

Puis, elle a disparue … Le terme disparue est lourd de sens. Elle habitait toujours en ville mais plus personne ne la voyait. Elle n’ouvrait plus sa porte, ne répondait plus au téléphone mais vidait régulièrement sa boîte aux lettres.

Son mari l’avait quittée, son fils était parti faire sa vie et elle était seule.

Mais … elle avait un ordinateur. Elle avait une connexion internet.

Alors elle s’est enfermée dans le seul lieu où elle se sentait vivre. Le monde virtuel.

Pour elle, pas de jeux mais des forums, des contacts via les réseaux sociaux.

Peu à peu elle n’a plus supporté de croiser un autre être humain sur son chemin, elle n’a plus supporté un regard direct, elle n’a plus supporté qu’on lui adresse la parole.

Je l’ai croisée un jour en faisant mes courses. Je ne l’ai pas reconnue de suite. Le visage creusé, le teint transparent, elle était un zombie qui tentait désespérément de retrouver une forme humaine.

Elle revenait d’un long séjour en clinique psychiatrie, clinique dans laquelle elle avait été admise après une intervention de son fils.

Il lui avait fallu plusieurs mois pour se désintoxiquer de l’attraction d’un écran d’ordinateur et recommencer à s’alimenter dans des relations réelles.

Aujourd’hui Judith apprend à vivre sur terre. Elle ne sera plus jamais la femme que j’ai connue. Quelque chose est mort en elle.

Les liens qu’elle tente de nouer dans son quotidien restent très fragiles. C’est un peu comme si son inconscient refusait toute nouvelle greffe avec le monde réel.

Nous ne sommes pas faits pour vivre sans liens

Cet article est le début de celui qui va suivre dans quelques jours.

Pour nous trouver, pour nous rencontrer, pour nous connaître, nous avons besoin de nous vivre en lien avec d’autres personnes.

Nous avons besoin de nous sentir faire partie d’un ensemble composé d’humains.

Nous pouvons vivre seul/e, c’est-à-dire assumer dans une certaine proportion la solitude. Nous ne pouvons pas vivre en nous coupant de toute relation.

Je vous donne rendez-vous pour la suite de cet article dans quelques jours.


 

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